Femmes

Etre femme en 2021 en 6 points


Qu’est-ce qu’être humain ? Ou plutôt qu’est-ce qu’être une femme en 2021 ? Pendant de longues années, j’ai vécu en rejetant le terme « féminisme » car il semblait m’associer à un manque de privilèges. J’en ai d’ailleurs parlé ici dans un article écrit en 2017.

En effet, en me libérant de l’acception, je me libérais surtout de la nécessité de rendre la vie des femmes plus facile.

Cependant, j’ai aussi fini par comprendre pourquoi je n’utiliserai pas toujours ce mot en premier pour me définir. Ceci, bien que j’aie pu constater avec plus d’acuité les raisons pour lesquelles, les femmes dans le monde mais particulièrement en Afrique, doivent retrouver leur place.

Le machisme dans de nombreuses sociétés est un mal profond, bien ancré. Chaque jour qui passe, j’observe encore plus les jeunes générations, reproduire les mêmes schémas avilissants.

1. La femme est toujours vue comme un objet

Dans la société Camerounaise actuelle, je le disais aussi dans cet article, siffler la femme en public est considéré comme une note appréciative. D’ailleurs, ce n’est pas une spécificité de la société Camerounaise. Je vois d’ailleurs ce comportement comme une importation notamment occidentale.

Certains films américains en sont un bon exemple. Regarder une « belle femme » c’est la désirer et vouloir la posséder. On doit donc l’accoster, quel que soit ce qu’elle a à faire ou en tête, pour lui signifier notre intérêt.

Avez-vous déjà remarqué (et ici je parle surtout aux femmes) qu’à chaque fois vous n’avez pas le droit de vous plaindre ? Chaque fois que vous prenez la peine de signaler à l’intéressé cette attitude dégradante, le retour est très souvent inattendu. Les youyous deviennent subitement des insultes. On passe du statut de beauté à celui de laideron en moins de trente secondes.

Pourquoi ? Car vous avez dit non. Mais à quel moment, mon corps ou celui de toute autre femme est-il devenu un objet systématique de désir pour le tout-venant ?

2. La parole de la femme semble compter moins

« Tais-toi, tu es une femme », je ne compte pas le nombre de fois où j’ai pu entendre cela, pas forcément à mon endroit, mais de manière générale. Ce qui me vient toujours à l’esprit en y pensant c’est « Oui, mais tu me dois la vie ». Le fait d’être mère a peut-être réaffirmé ce sentiment, mais vous conviendrez avec moi qu’il est vrai.

Comment peut-on penser un seul instant, que celle qui porte la vie n’a aucun avis à donner ? Comment puis-je être mère de l’humanité et ne pas avoir le droit, la possibilité, la responsabilité, de guider l’humanité ?

Un homme de mon entourage que je respecte énormément, m’a toujours marquée par ses réflexes normaux mais différents. Au détour d’une conversation, d’un échange, avec lui ou en présence d’autres personnes, il aura toujours cette petite phrase « Et toi, quel est ton avis ? »

Cette phrase est normale, fait du sens, devrait être apprise à tous les hommes, mais aussi aux parents envers les enfants. L’opinion de chaque être humain aussi petit soit-il a de la valeur.

Comment pouvons-nous apprendre à exercer notre libre-arbitre si nous ne pouvons donner nos avis ?

3. Le patriarcat importé a tué le matriarcat

Ici, je préviens, je vais faire une affirmation que je souhaite encore vérifier. Mais j’ai peu de doutes sur sa réalité.

Les différentes civilisations africaines ont célébré le matriarcat dans leur grande majorité. La femme était la partenaire de l’homme. Elle avait droit de citer, le lignage maternel était d’ailleurs le plus essentiel.

Cette année, je souhaite me documenter pour le prouver scientifiquement mais ceci est pour un autre jour et sur une autre plateforme.

En attendant, retenons-le, nos civilisations ancestrales ont essentiellement protégé la femme.

Puis, nous a été imposée la civilisation judéo-chrétienne. Les civilisations européennes et notamment les différents royaumes se sont illustrés par cette absence de respect de la femme. Les reines étaient rares. Les régentes nombreuses. Les hommes régnaient, les femmes les épousaient, faisaient des enfants, et devaient surtout perpétuer la lignée avec un enfant mâle.

Vous retrouverez certainement des histoires de femmes qui par leur « influence » ont eu un impact sur la politique. Cependant, dans la plupart des cas, elles n’étaient pas au premier plan. Elles étaient maîtresses, femmes, mères. Il y a certes eu quelques reines d’exception comme Victoria, mais je l’ai dit exception.

Alors, il semble évident que le colon n’a pas su comprendre ni accepter le pouvoir des femmes dans nos sociétés matriarcales.

Lorsqu’on sait que dans la plupart des premiers colonisés, le premier travail a été de saper les bases ancestrales, posons-nous les bonnes questions. Lorsqu’on pense par exemple aux Amazones quasiment décimées au Bénin, et bannies par le colon.

Alors, le mythe selon laquelle la femme n’est que l’émanation de l’homme est-il vraiment africain et culturel ?

4. Au-delà de l’objet, la violence faite aux femmes devient banale

Même s’il est bien vrai que la sensibilisation autour des violences faites aux femmes, semble plus entendue, la réalité est que la violence en elle-même reste banale.

Combien de fois avez-vous entendu un homme et une femme s’engueuler dans la rue, même étant chez vous ? Combien de fois avez-vous craint l’usage de la violence ? Combien de fois êtes-vous sorti de chez vous pour éventuellement y mettre un terme ou l’éviter ?

Plus simple, combien de fois avez-vous été témoin direct, dans la rue par exemple, d’un acte de violence envers une femme ? Avez-vous réagi ou simplement tourné la tête ?

Nous connaissons la réponse dans la plupart des cas, malheureusement. Dans les familles, on exige encore de la femme de « supporter » lorsqu’elle est battue par son mari. Dans la vie de tous les jours, les femmes sont insultées dans la rue et sont dans l’obligation de l’accepter en silence.

Pour un rien, on est assimilé à une prostituée, comme si d’ailleurs cela devait être un problème. En effet, qui sommes-nous réellement pour juger des choix des uns et des autres pour leur vie sexuelle ?

Dans un autre article écrit il y a quelques années, je rappelais à quel point cette violence banalisée me rendait folle d’énervement.

Aujourd’hui, il semblerait que les lignes n’aient pas suffisamment bougé. De plus, nous devons de surcroît supporter les conséquences d’un conflit armé.

Les abus de violence sur les femmes dans les provinces du Nord-Ouest et du Sud-Ouest Cameroun sont effrayants. Qui en parle vraiment ? La dernière fois que nous en avons entendu parler, une chaine privée de la place, avait laissé un « imposteur » prendre la parole. Pourtant, les victimes sont bien là et n’ont pas le courage de s’exprimer hors de certains cercles.

Je me suis retrouvée dans ces cercles et je ne peux vous décrire le travail de fond à faire pour reconstruire le sens de dignité et de valeur de ces femmes, car oui tel est à mon sens le problème véritable.

Pour qu’une partie du cycle de violence s’arrête, il faudrait qu’en tant que femmes, nous soyons plus conscientes de notre valeur. Cela devrait commencer par l’éducation que nous recevons.

5. Etre parent c’est une opportunité de recréer l’équilibre

En effet, être mère, nous donne la possibilité d’élever des êtres humains différents. En début d’article, je parlais de la peur que j’ai face aux jeunes générations.

J’observe des adolescents désorientés. Des jeunes hommes qui jouent avec la femme. Même si on me dira que ça fait partie de leur chemin, j’ai la sensation de voir pire que ce que faisaient les jeunes de mon âge. Les jeunes filles quant à elle semblent perdre en mesure et respect de soi. Pour une sortie en boîte de nuit, ou une après-midi chez des « amis », tout semble partir dans tous les sens.

Comme je l’ai mentionné, je ne souhaite pas me porter en juge des activités sexuelles des uns et des autres, mais il faut dans toute chose «  le faire pour soi » et « se donner de la valeur ».

D’où la place de l’éducation et le rôle des parents, mères et pères. Il appartient aux pères de respecter les mères de leurs enfants, et de traiter leurs filles comme des reines, femmes fortes, qui peuvent s’assumer en tant qu’êtres humains sans avoir besoin d’un homme. Il appartient aux mères entre autres d’apprendre à leurs garçons que respecter la femme ne fait pas d’eux des hommes mauvais ou faibles, au contraire.

De manière générale, il appartient aux parents actuels, étant en couples ou pas, de recréer des systèmes de culture où les êtres sont éduqués comme étant égaux et simplement différents. Si un enfant de deux ans apprend qu’être homme ou femme, n’est pas censé lui donner un avantage particulier, il grandira avec. Il est tant que les parents aient le courage d’assumer que tout ce qu’ils ont reçu n’est pas transmissible, et qu’il y a une partie qu’il est de leur devoir de transformer.

J’ai parfois la sensation comme me l’a dit un ami aujourd’hui que nous sommes « placides ». Nous nous comportons comme si rien ne nous touchais, mais surtout comme si nous n’étions maîtres de rien dans notre environnement.

En tant que parents, notre génération doit pouvoir comprendre que voilà a minima, un secteur de notre vie, où nous avons la possibilité d’agir et de faire les choses différemment. Nous pouvons élever ces humains plus respectueux les uns des autres, forts, généreux, polis et prêts à se soutenir plutôt qu’à se détruire. C’est un choix que nous pouvons encore faire, mais souhaitons-nous simplement le faire ?

Ce choix suppose aussi que nous retournions nous nourrir aux bonnes sources, pour comprendre la complémentarité forte de l’homme et de la femme dans nos sociétés. Même pour ceux d’entre nous qui sommes chrétiens ou musulmans, il serait utile de relire les livres saints avec la bonne approche, et cesser de les utiliser pour justifier les abus.

6. La loi devra aussi prendre partie

Il est évident que l’Etat a lui aussi un rôle fondamental à jouer. Le premier rôle rentre dans le domaine de l’éducation. Avez-vous déjà constaté au Cameroun que les lycées techniques dédiés à la couture, ont des noms féminins ? Ce qui supposerait qu’il y a des métiers d’homme et de femme ?

Au-delà des différentes filières et de leurs appellations, les curriculums de cours aussi devraient être revus dans plusieurs matières clefs. Que ce soit en histoire, ou en éducation civique, ou dans l’approche par compétences actuelle, on devrait faire en sorte d’apprendre aux enfants qu’ils sont différents et complémentaires. De même, tous les enfants devraient avoir la conviction qu’ils peuvent être ce qu’ils veulent, et sans répétition des schémas « primitifs ».

La loi pourrait aussi servir hors du volet éducation. Je ne suis pas favorable aux quotas par genre, car j’appelle cela de la « cosmétique ». C’est se donner bonne figure sans que rien ne change profondément. Les exemples occidentaux le montrent bien. Le parlement français est censé avoir des quotas, mais cela n’empêche pas les députés femmes de se faire siffler ou encore d’être victime d’harcèlement sexuel. En somme, leur présence est tolérée, mais pas acceptée.

La loi devrait donc essentiellement servir à protéger. Dans mon pays le Cameroun, mais aussi dans de nombreux pays au monde, les lois ne sont pas toujours suffisamment protectives de la femme. Ainsi, le code de la famille et les dispositions liées au divorce, restent encore très favorables à l’homme. La loi sur le viol et le harcèlement sexuel pourrait être rafraichie.

D’autre part, au-delà de l’aspect purement légal, l’État a aussi pour rôle de « protéger ». Au travers des ministères de tutelle que sont les ministères des affaires sociales, et les ministères de la femme et de la famille, plus d’outils devraient être mis en place pour protéger les femmes vulnérables. Je pense notamment à la création de structures d’encadrement pour les jeunes filles- mères et pour les femmes victimes de violence et autres formes d’abus.

Les structures ne sont pas inexistantes. Cependant, leur nombre reste limité et leurs moyens pas toujours suffisants. Plusieurs associations sont souvent obligées de prendre le relais, mais là aussi avec un impact limité. Lorsqu’on n’a pas la certitude d’avoir le soutien qu’il nous faut, on est plus prompt à se laisser mourir. Ainsi, s’il y avait plus de centres de prise en charge notamment des femmes victimes de violence, elles auraient peut-être plus de courage pour quitter leurs situations à risque.

L’autre rôle de protection de l’État, apparaît aussi dans la nécessité de protéger les biens et les personnes. Les situations de conflits, sont toujours des facteurs de risque plus importants pour les femmes. Rechercher la paix, permet aussi d’agir sur la condition féminine.

Enfin, la dernière mission de l’État à renforcer est celle de l’information. Pour reconnaître qu’on est malade, il faudrait peut-être qu’on nous le dise. L’État devrait pouvoir organiser des sondages autour des problématiques de la représentation des femmes, ou encore de la violence faite aux femmes.

Avec ces statistiques claires à disposition, les autorités peuvent penser à des campagnes publiques de sensibilisation, comme cela a été fait avec le VIH-SIDA ou plus récemment avec la Covid-19. Les financements de ce type d’initiative sont nombreux de par le monde.

En conclusion, sans me définir comme féministe, je m’inquiète chaque jour un peu plus de l’état de la condition féminine autour de moi et dans le monde. L’équilibre d’une société passe par l’équilibre de ses membres et l’égalité entre eux. Nous devons déjà faire face aux inégalités économiques. Il serait peut-être temps de limiter aussi les inégalités sociales. Et vous, qu’en pensez-vous ?

Love, Anna.

4 thoughts on “Etre femme en 2021 en 6 points

  1. Anne, quand tu évoques le fait qu’on soit “placides” m’a fait penser à un ecrivain que j’ai lu il y a longtemps maintenant et qui disait que lorsque la côte d’Ivoire faisait passer les armes vers le Liberia elle n’imaginait pas qu’elle contribuait à armer ses rebelles et à préparer la guerre chez elle. On a vu le résultat.
    Quand l’enfant de mon voisin devient dealer, proxénète, voleur, se prostitue… Bref “vire mal” si je peux me permettre l’expression , je me détourne en me disant que ça ne me concerne pas. Mais demain si ma fille se fait appâter par ces réseaux, mon fils meurt sous l’arme à feu d’un dealer… Nous serons tous perdants ! Arrêtons un peu le nombrilisme. Nous ne pouvons continuer de vivre de façon insjuste comme si on ne dépendait pas les uns des autres.

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  2. Bon post comme toujours merci Anna
    C’est un sujet dont je parle régulièrement surtout les camisoles de force qui sont imposées aux femmes, l’estime de soi qui souvent prend un coup et ça tu la relevé tout part de l’éducation…. Ya du travail à faire… Yen a énormément dans les mentalités…

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