Eseka-Cameroun

Eseka: Le drame, Le deuil, le Déclic…


Le drame, le deuil, le déclic!

Mon cerveau voudrait pouvoir vous parler d’autre chose, avancer, penser différemment mais je dois avouer que c’est assez compliqué ces derniers jours.

Le drame, le deuil, le déclic!

Ces derniers jours ont éprouvé ma capacité à faire face à la difficulté sous toutes ses formes. Avant le drame, comme si mon corps l’avait senti, toute la semaine j’étais malade.

Le drame, le deuil, le déclic!

Vendredi, coup de tonnerre, colère, indignation, peur, tout ça en même temps je l’ai ressenti. Samedi, cette peur qui monte, “aurais-je perdu quelqu’un, qu’est-ce que ce weekend me réserve encore comme mauvaise surprise?”

Le drame, le deuil, le déclic.

Dimanche, ces annonces tristes, violentes, douloureuses. Eseka a frappé, mais la vie aussi tout simplement, la mort tout simplement car aussi inconcevable que cela puisse paraître, on peut mourir d’autre chose qu’Eseka, ce fameux weekend du Vendredi noir. La femme de cette ami, disparu si vite, si tôt, sans crier gare,  cette autre gamine de 16 ans fauchée un Dimanche après midi dans un accident de moto. Oui, Eseka n’était pas et ne sera pas le seul instrument de la faucheuse. Oui, la vie continuait avec ses joies mais surtout ses peines et il faudrait continuer de faire face.

Le drame, le deuil, le déclic.

Le deuil invariablement, car l’être humain est foncièrement, naturellement égoïste, le deuil nous renvoie souvent à nous-mêmes. Lors d’un deuil, à un moment donné, on pense toujours ça aurait pu être moi ou lorsqu’il s’agit de quelqu’un pour qui on aurait pu donner sa vie, on songe, “pourquoi ce n’est pas moi”. Le deuil est ce mauvais ange, cette fée cynique qui nous apprend que nous ne choisissons pas grand chose sur cette Terre. Nous contrôlons déjà si peu de choses dans nos républiques bananières, mais pire encore, au final nous ne contrôlons rien, car au final personne ne connait ni le jour ni l’heure.

Le deuil s’inscrit donc comme une épreuve qui se vit véritablement seule car même en se réunissant en communauté, même en se soutenant, l’expérience réelle qui est faite de la douleur, la capacité pour deux personnes confrontées exactement au même type de deuil (circonstances égales ou semblables), n’auront en aucun cas la même réaction. De même, on ne pourra pas parier sur la réaction pour justifier de leur attachement, douleurs, etc…En effet, face au deuil, chacun sa carapace, chacun sa mise. Le deuil est finalement ce cruel rappel que nous passerons tous par là un jour, que nous le voulions ou pas.

Le drame, le deuil, le déclic.

Alors, si le deuil est inéluctable, si un jour aussi d’autres devront porter notre deuil, si en somme la mort est inéluctable, comment vivons-nous la vie? Que faisons-nous de notre temps sur terre?

En République bananière telle que la nôtre, la question se pose d’autant plus grandement que sa portée salvatrice est réelle. Que suis-je en mesure de faire MAINTENANT pour assurer/garder ma place au paradis? Ou plus simplement, sans faux semblant,que suis-je en mesure de faire maintenant pour ne plus jamais vivre l’angoisse, la douleur, le mal-être qui naît d’avoir perdu un proche dans des circonstances telles que celles du 21 Octobre 2016 à Eseka? Que suis-je en mesure de faire maintenant/aujourd’hui pour redonner le sourire autour de nous, mais surtout que suis-je en mesure de faire/maintenant/aujourd’hui pour empêcher que cela se reproduise?

Le drame, le deuil, le déclic.

Le déclic c’est cette conversation sur Whatsapp (oui, encore moi) dans un groupe d’illuminés (positifs, illuminés car habités par le feu du changement).Le déclic c’est cette sensation de paix après ma modique participation donnée ce jour dans le cadre d’un plus grand don fait par l’association à laquelle j’appartiens pour assister les rescapés d’Eseka internés à l’hôpital Laquintinie de Douala

Le déclic c’est cette envie d’agir, qui est désormais assise en moi et ne me  quitteras plus. Comment vais-je la rendre utile et progressiste, comment vais-je participer à un vrai changement des choses dans mon pays le Cameroun, le temps nous le dira. Cependant, le temps il devient de plus en plus court. Oui, court car on ne sait ni le moment ni l’heure. Court, car 2018 sera un tournant. En 2018, auront lieu les prochaines élections présidentielles au Cameroun. Ce ne sera peut-être pas le temps d’un changement de régime, mais ce doit être au minimum le temps du déclic pour ce régime. Ce doit être une des nombreuses batailles à gagner de la grande guerre que nous menons pour voir notre pays évoluer définitivement.

Le drame, le deuil, le déclic

Le drame ne sera peut-être pas le dernier. A l’état actuel des choses, le pays est encore dans une impasse trop large, pour que de nouveaux drames ne soient pas évités. Il en va de notre capacité à commencer dès aujourd’hui à faire les choses différemment. Il en va de notre capacité à prendre nos responsabilités mais aussi à exiger des autres qui la prennent.

Au final, la douleur de ces derniers jours, devrait avant tout nous servir de déclic. Nous ne pouvons continuer à pleurer nos morts en silence, sans nous demander de façon pratique quand est-ce que ça s’arrêtera.

Le drame, le deuil, le déclic.

Un triptyque qui à mon sens résume totalement ces derniers jours. Le dernier mot du triptyque est cependant plus personnel, une invite individuelle à repenser notre action, notre place dans la société, notre vision de notre avenir, de notre futur, de la terre que nous souhaitons léguer à nos enfants. Une invite à exiger, exiger plus du haut, exiger d’être traités comme des êtres humains. Une invite à penser notre action. Oui, j’ai déjà dû exprimer cette phrase au moins-ce de trois manières différentes dans ce seul et même billet. Vous en comprendrez donc l’importance pour moi.

Le drame, le deuil, le déclic.

Il ne s’agit pas d’une leçon, il ne s’agit pas d’un essai philosophique. C’est tout simplement l’état de la vie, du réel, de nos vies, à l’heure actuelle.

A bientôt, pour des sujets je l’espère moins sérieux (peut-être pas au final) ou au minimum moins triste, et comme toujours n’hésitez pas à rejoindre la conversation en commentaires.

#Eseka #Cameroun #Devoirdemémoire

Love, Anna♦

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14 thoughts on “Eseka: Le drame, Le deuil, le Déclic…

  1. Puissant article.
    J’avoue que ca m’as laissé songeur.
    parce qu’au delà du déclic, c’est la force d’agir qui manque a la plupart des gens qui font l’épreuve du drame par le deuil.

    trouver une cause plus grande que soi.
    Ca se laisse mediter.
    merci en tout cas

    Cdlt;
    Le geek de brousse.

    Liked by 1 person

  2. “Le déclic c’est cette envie d’agir, qui est désormais assise en moi et ne me quitteras plus. Comment vais-je la rendre utile et progressiste, comment vais-je participer à un vrai changement des choses dans mon pays le Cameroun, le temps nous le dira. ”

    C’est ce que je retiens… Il est temps de se lever et d’agir mm a son “petit” niveau

    Liked by 2 people

    1. eh oui tu l’as dit.lheure est à l’action
      mais qui dit action dit pensée
      qui action idée
      qui dit action dit facon de vivre
      qui dit action dit facon de faire et la liste est loin d’^tre exhaustive
      soyons les acteurs

      Liked by 2 people

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