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Le Guide du bon patient made in Cameroon


Il y a quelques semaines, j’ai eu l’occasion de passer une matinée dans un hôpital de district public au Cameroun afin de faire vacciner ma petite fille. De même, j’ai aussi eu une conversation très intéressante avec ma mère sur une rencontre avec deux mamans en difficulté qu’elle souhaitait aider et les leçons apprises sur l’encadrement sanitaire.

Les observations faites m’ont rappelées les débats houleux qui ont suivi les derniers cas notoires de négligence dans les hôpitaux publics, ayant tous un point commun: toutes les erreurs pour les médecins, et les patients sont des saints.

Loin de moi l’idée ici de réveiller des peines et de prendre parti dans un débat qui n’aura de cesse de faire rage dans le pays vivant sous perfusion qui est le mien. Toutefois, je tenais à partager ici quelques observations sur certains comportements à risque, qui mériteraient que les uns et les autres se posent les bonnes questions. Je ne prétends en aucun cas faire une liste exhaustive, car je le rappelle tout est question de ressenti. Au terme de la lecture, sentez-vous libre de rendre la liste plus exhaustive

  1. Un malade sans vaccins, c’est “dix fois” plus de chances de mourir

Dans notre environnement, de nombreuses maladies sont légion, largement contagieuses mais aussi et surtout très évitables grâce au suivi des vaccins. Les vaccins commencent dès la deuxième semaine de vie d’un enfant avec notamment le BCG (qui au Cameroun est administré gratuitement dans les centres de santé publics) en l’occurrence le vaccin antitétanique. On se rappelle surement que lorsqu’on était petits, à la moindre blessure avec du fer, nos parents étaient affolés: bétadine, alcool, pansement tout y passait pour empêcher, limiter l’infection. Toutefois, le vrai médicament, la vraie protection restait le vaccin. La première fois que j’ai entendu dire qu’il y avait des gens qui mourraient du tétanos, j’ai failli m’évanouir. Je veux dire, le vaccin est gratuit, renouvelable pendant un certain nombre d’années pour une protection optimale. Alors pourquoi se laisser prendre?

Le tétanos n’est pas la seule maladie évitable. On peut citer la méningite (et ça aussi, elle tue beaucoup les enfants), la diphtérie, l’hépatite B. Il suffit avant tout de se vacciner et surtout de vacciner les enfants. Mais, je dis bien, mais, combien de parents même nantis ont le réflexe vaccination? Combien de parents même nantis ont le réflexe pédiatre? Au centre de centé de New-Bell (à Douala), la consultation pédiatrique coûte 3000 F CFA. En comparaison, un pédiatre en clinique privée peut coûter jusqu’à 15 000 F CFA par consultation.

Les enfants non vaccinés ce sont des risques beaucoup plus grands de ne jamais attendre l’adolescence. Ne parlons même pas de ceux sans suivi pédiatrique. Mais est-ce que c’est grave? Dieu est là, il veille, c’est l”homme qui a peur.

2. Un malade sans carnet de santé, c’est une proie facile pour les charlatans ambulants.

Le carnet de santé dans les formations de santé publiques coûte entre 400 F CFA  (spécial vaccinations) et 1000 F CFA (carnet de vaccinations standard). C’est le document qui tient lieu de dossier mobile pour un patient. Il permet de faire l’état de ses vaccinations, de ses hospitalisations, de ses allergies médicamenteuses si elles existent,en bref de tout ce qui tient à la santé du patient. C’est un document de liaison qui lorsqu’il est bien rempli, permet à un professionnel de santé de qualité, de savoir en permanence quoi faire lorsque le malade est devant lui. Mais…..la santé c’est quoi, la vie c’est quoi? Dans nombre de cas de décès dans les grandes structures hospitalières, les malades sont transportés à l’hôpital souvent en phase terminale, sans aucun document. Des explications vagues, un manque d’information sont à mon avis les premières causes de mortalité.

Ex: je suis enceinte de deux mois. Je n’ai fait aucune visite et de façon générale, je n’ai pas de carnet de santé. Je souffre d’une méchante crise de paludisme qui s’aggrave et je suis transportée à l’hôpital quasi inconsciente. Personne chez moi ne sait que je suis enceinte. Dans la précipitation, les médecins ne s’en rendent peut-être pas compte. On m’administre le traitement choc habituel pour ce type de crise paludique. Pas de veine, c’est incompatible avec la grossesse et je fais une fausse couche. A qui la faute?

3. Les visites médicales systématiques, mine de rien c’est important

De nombreuses personnes estiment qu’une visite de contrôle par an ce n’est pas nécessaire, et ceci même lorsqu’ils ont des moyens financiers raisonnable. Le médecin généraliste, le pédiatre, le dentiste, on y va jamais, jusqu’au matin où on a trois caries en même temps et il ne reste qu’à enlever les dents, avec ce que ça comporte comme coût financier, comme risques (hémorragies et autres) et comme douleurs plus généralement.

Ex:  Ma dernière visite médicale remonte à ma dernière maladie et je n’avais pas fait de test. Quel intérêt y a t-il à gaspiller mon temps et mon argent pour des consultations lorsque je ne suis pas malade. Je suis célibataire. J’enchaîne les copines et avec le préservatif, la chose là n’est pas pareille. Un matin, je commence à cracher du sang. Ça continue. J’ai déjà perdu dix kilos en deux semaines. Je commence à avoir des plaques sur le corps. Je vais à l’hôpital en catastrophe. Le médecin me prescrit plusieurs examens et le verdict tombe: non seulement je suis séropositif, mais je suis d’ores et déjà en train de faire la maladie. Il va me prescrire des antirétroviraux, mais il ne peut rien me garantir pour le moment. Mon dernier dépistage remontait à six ans auparavant.

Je ne sais pas si je pourrais citer d’autres comportements à risque, mais ils sont légion. Leur dénominateur commun: l’insouciance. On est insouciant, Dieu pourvoira et on peut donc faire le moins attention possible. On peut parfois prendre pour exemple un dénuement matériel même là où le législateur a prévu des dispositifs d’aide. On estime qu’être en santé c’est avant tout le fait de la chance. On est prompte à accuser cette tante au village qui nous détesterait, on est prompte à dépenser l’argent qu’on a pas en offrandes chez ce nouveau pasteur miraculeux, on est prompte à insulter l’ensemble du corps médical de négligence et à crier au scandale mais on a qu’un égard réduit pour sa propre vie.

C’est aussi ça la réalité chez moi. C’est aussi ça être malade chez moi. C’est aussi ça se plaindre chez moi. Le bon patient, c’est vous, c’est moi, c’est nous. Balayons devant notre porte avant d’accuser l’autre.

Love, Anna♦

PS: Merci à Befoune, pour avoir inspiré la réflexion menant à cet article.

 

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4 thoughts on “Le Guide du bon patient made in Cameroon

  1. Je partage cet article sur tous mes réseaux. Il doit être largement diffusé.Il est vrai que les médecins sont parfois négligeants, mais de nombreuses fautes professionnelles auraient pu être évitées si toutes les précautions étaient prises du côté des patients. Merci Anna. Il est beau d’accuser l’autre, mais sachons reconnaître nos torts et rectifier le tir.

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