Dictature

La Dictature, c’est un art


La Semaine dernière, plus précisément Jeudi 23 Juin 2016,  j’ai fait la connaissance d’un monde à part. Au travers du célèbre Envoyé Spécial (dont c’était d’ailleurs la dernière), j’ai découvert un pays dont j’ai parfois vaguement entendu le nom. Ca fait toujours bizarre de découvrir qu’il y a des endroits au monde dont vous ne savez rien ou pas grand chose. Ca fait d’autant plus bizarre lorsque vous êtes africaine et que cet endroit se situe en Afrique. Cet endroit, ce pays c’est l’Erythrée.

J’ai découvert  la semaine dernière, que la dictature était véritablement un art. En somme, et au vu du cas de l’Erythrée, je le résume à l’art de prendre en otage toute une population, de sceller son futur, pour satisfaire uniquement et avant tout des visées personnelles, sans se soucier une seule seconde des dégâts provoqués pour les générations à venir.

Dans ce pays de la corne de l’Afrique, les citoyens sont littéralement pris en otage. Le pire est que dans ce cas spécifique, la propagande gouvernementale ne leur laisse aucune possibilité de rebellion. Pour avoir ne serait-ce que sifflé à l’encontre de l’état en place, on peut se retrouver porté disparu, au mieux envoyé aux travaux forcés, sans jugement préalable et ce pour une durée indéterminée. La vie de la grande majorité des citoyens est rythmée par le service civil, une forme de service militaire où pendant deux ans des jeunes sont formés à un métier choisi par l’état et qui deviendra le leur jusqu’au terme de leur vie.

Ce qui m’a marquée dans le reportage, c’est la facilité avec laquelle les représentants du régime balaient toute accusation de sévices, de crimes contre l’humanité. Pour eux, tout cela ne serait que mauvaise presse, affabulations et ils n’ont aucune honte à le dire en face, après vingt-cinq ans de gouvernement sans l’organisation d’une seule élection.

Je ne suis pas une chantre de la démocratie qui pour moi a prouvé ses limites dans les puissances occidentales, tout aussi gangrenées par la corruption que d’autres cieux. Toutefois, je reste fondamentalement attachée à toute forme de gouvernement qui met le peuple en premier. En d’autres termes, toute forme de gouvernement pour laquelle le peuple est autre chose qu’un moyen de pression, un groupe de personnes qui ne sont au final que des électeurs, des moyens d’atteindre le pouvoir et non des gens pour qui on travaille d’arrache-pied. Je ne sais  quel nom donner à cette forme de gouvernement étant donné que démocratie est censé être “le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple”.

Lorsque j’observe l’Erythrée, je me demande si c’est une malédiction africaine. Je me demande si cette forme de gouvernement qui met le peuple au centre, pourra être vulgarisée sous nos cieux. Je pense à mon pays, le Cameroun, où un “code pénal” qui dans l’un de ses articles donne l’immunité aux ministres (déjà “voleurs” patentés voire même institutionnels) est en voie d’être voté à l’Assemblée Nationale (une chambre censée être composée des élus du peuple).

Lorsque j’observe l’Erythrée, je me prends à penser que leur situation est peut-être meilleure car sans faux-semblants. C’est un pays où les individus savent qu’ils n’ont pas d’avenir. Ils savent que le gouvernement ne leur est en aucun cas favorable. C’est donc un pays où les individus peuvent faire des choix conscients et courageux, en craignant tout (les travaux forcés, la disparition, les sévices, la mort) ou rien (une vie qui s’étend à l’infini et se répète inlassablement). C’est un pays où ceux qui rêvent d’une autre vie, prennent tous les risques pour partir avec plus de chances d’être acceptés ailleurs car ayant tout perdu sans que cela puisse se nier.

Je carricature et j’ironise, nous sommes bien d’accord. Mais en somme, je réitère que la dictature est un art. En effet, dans de nombreux autres pays africains (notamment le mien), elle est bien là omniprésente et telle que définie (par moi) en introduction de cet article. La dictature est un art pervers car pour de nombreux autres citoyens, le choix n’est pas aussi clair qu’en Erythrée. Dans de nombreux autres pays, l’ossature du pays a été transformé. Le système a changé les mentalités et rendu l’absurde normal, l’innaceptable banal. Qu’on soit congolais (les deux), équato-guinnéen, camerounais, tchadien ou Gabonais, on survit, on attends, et on a vite cessé d’espérer. Dans ces pays, la dictature c’est une opposition vaine, qui se complait à prendre son tour à la mangeoire, avec force cris de prostestation. Dans ces pays, c’est souvent la gangrène de la corruption qui rend tous les citoyens coupables et les incite donc tous à se protéger, et de ce fait, supporter, tolérer les comportements déviants à la tête de l’état. Dans ces pays, la dictature ce sont des familles, des clans, qui ont pris en otage le reste du pays, qui ont fait leurs les ressources de tout un pays, donnant peu d’options à la plainte.

Toutefois, autant la dictature est un art, autant la résistance (même passive) en est un autre. La résistance c’est toutes ces fois où on reste campés sur des valeurs simples: honnêteté, culte de l’effort, générosité envers les démunis, refus total de la corruption, civisme. La résistance c’est toutes ces fois où on apprend à connaître son histoire, son art, sa culture, et à les partager, les développer. La résistance c’est toutes ces fois où on refuse d’abandonner, où on décide de garder l’espoir et où on s’entête à faire, investir, croire à ces pays, dans ces contextes envers et contre tout. La résistance c’est avant tout la patience de croire que les choses changeront et que ce sera la somme de plein de petites actions individuelles qui auront les mêmes buts: progrès, différence, bien-être pour tous.

La dictature est véritablement un art mais dans mon optimisme exacerbé et je l’admet sans souci, ma naïveté certaine, je veux croire obstinément que “change will come”. Des “Erythrée and co” prendront fin chez nous et ailleurs. Je continue d’y croire. Je continue d’y oeuvrer comme je peux et je prie pour que nous soyons chaque jour plus nombreux!

Love,Anna♦

 

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2 thoughts on “La Dictature, c’est un art

  1. hé oui ma chérie… n’est pas dictateur qui veut…. pour reprendre une célèbre formule…. en elle même la dictaure n’est pas mauvaise…. Les Européens ont eu le despotisme éclairé…. pour se redresser… car il faut le dire parfois la force est nécessaire pour de lendemains meilleurs…

    Il est cependant évident que quand cela sert des intérets perso… c’est la porte ouverte à tous les travers

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