Condition-féminine

Je suis femme et j’en ai marre


“Etre une femme”, en avoir marre. Au départ je voulais juste écrire sur “Etre femme” plus précisément “être femme” en Afrique et au Cameroun. J’avais rédigé une introduction digne d’un mémoire de fin d’études de doctorat.

Puis, je me suis rappelée de la réflexion lancée en début de semaine sur Twitter et à l’origine de ce billet.

Oui, je suis une femme et j’en ai marre d’être traitée comme de la viande, un jouet ou une poupée.  J’avais lu il y a un ou deux ans, un article qui avait fait le tour de la toile et qui décrivait ce sentiment que nous pouvions avoir nous femmes, cette sensation d’être “violée” en permanence, et le laisser-faire que la société nous avait habituées à adopter face à ces situations de notre quotidien de femme.

Oui, je suis une femme et désormais une maman et je ne voudrais pas que ma fille grandisse en pensant qu’il est normal de tolérer ces intrusions intempestives dans nos vies de femme et cette sensation implicite que nous ne sommes que dans les yeux de ces hommes qui nous désirent.

Pour que vous compreniez mon propos, je vais vous conter l’anecdote qui m’a inspirée ce texte, ou plutôt la série d’anecdotes. Tel soir où je rentrais, c’est ce conducteur de moto-taxi qui me tapote l’épaule en m’appelant “chérie”. Une sensation désagréable a envahi tout mon être, et une réponse a fusé “Tu es obligé de me toucher?”. Et lui de me répondre “Je te saluais seulement”. J’ai eu tôt fait de m’éloigner pour ne pas dire tout haut toutes les horreurs que je pensais tout bas.

Toujours au cours de cette semaine, ou plutôt comme quasiment tous les soirs, ce sont ces personnes appelées “chargeurs”, en d’autres termes qui vous suggèrent le taxi dans lequel rentrer, s’occupe donc de son remplissage et reçoivent en retour du conducteur de taxi, une petite pièce. Ces “chargeurs” ont toujours des noms pour vous définir “ma chérie”, “mami”, “poupée”. Ces chargeurs se sentent dans l’obligation de marcher près de vous pendant quelques mètres et quasiment en vous collant, parfois en vous touchant le bras, pour vous arracher une destination ou vous inviter à rentrer dans le taxi qu’ils recommandent. Ces chargeurs sont prêts à vous insulter si vous ne souhaitez pas leur répondre ou si vous leur demandez tout simplement de ne pas vous importuner. Les insultes fusent pour un rien. Cette semaine, un jour précis, c’est ce jeune chargeur qui me parle et à qui je demande simplement si je suis obligée de monter dans le taxi de son choix, et lui de me demander pour qui je me prend. C’est cet autre chargeur, plus âgé que j’appelle ” le père” en signe de respect et dont je décline aussi l’invitation. Il me répond ” quel père? On t’a dit que le père qui te baise est mieux que moi…bordel comme ça”, et le plus jeune de renchérir “Elle croit même qu’elle est qui? Regardez-là”, et je ne sais quoi d’autre parce que j’ai accéléré le pas et cessé d’écouter. Mais au fond de moi-même, c’était ça:

Euh Pardon, Qu’est-ce qui n’a pas marché? Jusqu’à quand devrons-nous supporter ça? 

Ce type de scènes, je ne compte pas le nombre de fois où je les ai vécues même quand je réponds aux invectives par le silence. Je ne parlerai même pas de tous ces hommes qui t’accostent dans la rue, et qui dès que tu te refuses à leur donner ton numéro, passent en mode insultes. Ces hommes qui pour beaucoup sont en voiture, ont des allures d’hommes d’affaires prospère, ou de père de famille tranquille. Si je ne l’avais vécu qu’au Cameroun, je dirais que c’est un problème de mentalités africaines. Mais même au cours de mes années étudiantes en France, j’ai été confrontée à ces bassesses.

Je n’oublierai jamais ce monsieur d’une soixantaine d’années, français de souche, en apparence, qui m’a traitée de pute, parce que j’avais refusé de répondre à ses sollicitations, sous prétexte que de toute façon, je portais une mini-jupe, donc je VOULAIS.

Je n’oublierai pas non plus cette scène d’anthologie devant cet homme blanc visiblement perturbé mentalement qui juste après un bonjour et une réponse polie de ma part, avait exhibé sa quéquette.

Mon inquiétude est cette phrase que nous sortons régulièrement entre amies, lorsque nous faisons face à ce type de situations ” Aka, ne fais pas attention”. Oui, nous ne devons pas faire attention, oui nous devons trouver que c’est normal ou à minima pas si grave que ça.

Au Cameroun, comme dans de nombreux pays, des femmes font face à des invectives sans mot dire. Quand ce ne sont pas les invectives, ce sont ces regards concupiscents, qui dépassent le cadre de la séduction, de l’appréciation ou du désir, qui vous pénètrent sans que vous ayez donné pour cela une quelconque autorisation.

Bientôt, nous célébrerons le 8 Mars, et au fil des thèmes, j’ai le sentiment que le débat se déplace de la vraie réalité de la condition féminine. On nous parle de plus en plus d’égalité, on centralise sur ces revenus qui ne sont pas les mêmes, sur ces accès au travail, à l’éducation qui sont différents, inégaux. C’est sans aucun doute une difficulté, mais pourquoi s’attaquer aux conséquences et nier les causes ou origines. Pourquoi nier cette vision si dénaturée de la femme, censée être mère (ventre porteur), vagin, corps en somme symbole de désir, de satisfaction pour un seul genre, le genre masculin. Pour justifier cela, je devrais, je pourrais vous parler de ces publicités (notamment les publicités de parfums) où le désir, le corps de la femme est suggéré, montré mais toujours utilisé pour vendre. Mais ça pourrait être un sujet entier pour un nouvel article. Je pourrais aussi parler de ces femmes qui ont décidé de mettre leur corps au service de leurs ambitions, de leur volonté de réussir, mais ça aussi, ce pourrait et ce devrait être un autre article absolument.

Oui, je suis femme et j’en ai marre d’être en apparence célébrée mais dans la pratique d’être si peu respectée et de façon si systématique. Au-delà des plaintes, au-delà de la colère (significativement contenue dans ce billet, cependant), voilà ce qui pourrait se faire différemment:

  • L’éducation familiale: Il incombe aux femmes mères d’inculquer à leurs fils, un respect absolu et total pour la femme, et aux filles une confiance en elle, et une reconnaissance de leur condition d’être humain comme les autres, qui a droit au respect absolu
  • L’éducation civique: les insultes verbales contre hommes ou femmes mais surtout contre les femmes, devraient être pénalisées tout comme le sont les insultes à caractère racistes dans de nombreux pays du monde. De même, dans les cours d’éducation civique, notamment chez moi au Cameroun, il devrait y avoir des cours sur le respect de l’autre et notamment sur le respect de la femme.

Ecrire ces lignes me rend si triste, et pire encore me donne un certain goût d’inachevé mais je vais cependant m’arrêter là. La femme est un être humain à part entière méritant respect et amour. La femme est la mère de l’humanité, et chacun devrait pouvoir se demander, lorsque j’insulte une femme, pourrais-je insulter ainsi ma mère, ma sœur, ou ma femme?

Qu’en pensez-vous? En tant que femme, vous retrouvez-vous dans ces mots? En tant qu’homme quel est votre ressenti de ces situations? Continuons le débat en commentaires, ici, sur Twitter ou sur Facebook.

Love, Anna♦

Advertisements

13 thoughts on “Je suis femme et j’en ai marre

  1. Sans vouloir banaliser, je suis toutefois convaincue que la meilleure attitude est encore d’ignorer ces commentaires creux. Personnellement, je ne me suis jamais sentie touchée par eux (sauf dans les cas où énervée par autre chose, je réagis de manière épidermique à ça), parce que je sais qui je suis et ce que je vaux, ceci n’y ajoute donc où n’y enlève rien.

    Tu l’as dit, la meilleure chose à faire c’est d’éduquer nos enfants en conséquence en espérant qu’ils aient ensuite assez de jugement et de hauteur pour ne pas se compromettre dans ces attitudes ridicules. Oui, je trouve ces attitudes plus ridicules que réellement offensantes.

    Comme l’a souligné William, j’assume d’avoir droit à des regards concupiscents tant qu’ils restent des regards et n’essaient pas de s’imposer dans mon intimité.

    Liked by 1 person

  2. “Chacun devrait pouvoir se demander, lorsque j’insulte une femme, pourrais-je insulter ainsi ma mère, ma sœur, ou ma femme?” Je tiens régulièrement des propos qui se rapprochent de ceux-ci, pour pallier à ce genre d’égarements.
    C’est une réalité à laquelle nous nous sommes habitués, et que les hommes pratiquent même souvent juste pour s’amuser, sans avoir conscience que de l’autre côté ça peut, en fait, ça blesse.
    Merci de nous remettre les pendules à l’heure.
    Cheers !

    Liked by 1 person

  3. franchement tu mets le doigt sur un point hyper sensible et vecu au quotidien par les femmes…encore dimanche dernier en ballade avec mon fils un photographe : ” ma chérie c’est l’enfant qu’on a eu la qui est est deja grand coe sa”, moi: … pardon? le photographe non je voulais seulement te saluer.. c’est a dire des scènes coe ça chaque jour les femmes en subissent.. franchement que les hoes arretent y en a marre quoi .. vraiment gros gros coup de gueule .. merci pour ce texte…

    Liked by 1 person

  4. Je vois exactement ce que tu veux dire et tu l’as très bien fait ressortir dans tes écrits. Ce n’est vraiment pas facile d’être une femme mais nous ne pouvons malheureusement pas faire grand chose pour changer les mentalités. La plupart du temps on est jugées par rapport à toutes les filles qui utilisent leur corps vulgairement et qui ont l’air de se plaire dans cette situation, si bien qu’au final elles ne réalisent pas que c’est l’image de toutes les femmes qu’elles réduisent et ternissent. L’éducation est tres importante, j’aimerai te dire que ça changera les choses mais je n’en suis pas convaincue notamment à cause des conditions sociales qui se dégradent un peu partout, certaines valeurs essentielles se perdent de plus en plus. Tu dois faire ta part en éduquant tes enfants le mieux possible afin qu’eux au moins ne participent pas à cela

    Liked by 1 person

  5. Je suis totalement d’accord avec toi quand tu dénonces cette façon pour le moins irrespectueuse de se comporter envers les femmes, et je suis également d’accord qu’il s’agit en fait d’un problème d’éducation. Il faudrait remettre en question autant l’éducation qui est donnée aux garçons que celle qui est donnée aux filles.

    J’avoue cependant que je me suis un peu senti mal à l’aise en ne voyant aucune sorte de nuance quand à ceux qui adoptent ce genre de comportement. D’ailleurs l’exemple de la France m’a semblé être la preuve que TOUS les hommes, quel que soit l’âge, la culture ou bien la situation géographique, se livrent a cette chosification que tu décris. Et c’est dommage d’englober tout le monde dans un travers que tous ne partagent pas. Moi qui n’ai JAMAIS sifflé une femme (et qui en connais plusieurs qui ne l’ont jamais fait non plus), je me sens accusé à tort – et ne viens pas dire que je fais partie des exceptions s’il n’y a aucune étude qui montre que c’est le cas.

    D’ailleurs dans tes exemples tu parles des moto-taximen, des chargeurs etc., c’est à dire des gens qui en majorité au Cameroun, n’ont pas forcément un niveau intellectuel enviable (et ça repose justement le problème d’éducation).

    Donc voilà mon sentiment: je suis d’accord l’acte que tu dénonces, je te rejoins dans les causes et dans les solutions, mais la généralisation m’agace un peu.

    Liked by 1 person

    1. Hello Will,
      Merci pour ton article mais je ne vois pas où tu vois la généralisation. Je parle d’un fait que TOUTES les femmes ont au moins-ce vécu une fois dans leur vie. De ce fait, je pense que je ne vais pas parler des exceptions masculines car ce n’est pas ça le souci. Le souci est bien sur la masse. D’autre part, mes exemples ne sont pas tout. J’aurais pu te parler de ces blagues salaces au bureau, de ces directeurs qui te draguent et prennent mal ton refus. Ce n’est donc pas une question de niveau intellectuel. De plus, le débat n’est pas sur l’intention de l’homme qui pose l’acte mais bien sur le ressenti de la femme qui le vit. C’est un ressenti que les femmes elles-mêmes sont les premières à banaliser. En somme, un corps de femme c’est sacré, et ce n’est pas là pour faire plaisir aux hommes.

      Liked by 1 person

  6. Bjr,
    Excellent billet, la situation est comme dirait quelqu’un, ”décambolique”.
    Et je me demande pourquoi on n’entend pas aussi souvent ce genre de discours…

    Petit bémol tout de même, j’estime avoir le droit à des ”regards” concupiscents,ça relève de ma liberté tant que ça reste des regards.
    D’ailleurs mes soeurs en ont aussi sur Pierre ABENA ou BRAD PITT….

    Liked by 1 person

What do you think? Let us know...

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s