mon pays

Mon pays va mal


Mon pays va mal, très très mal.

Et pour arriver à penser cela, il faut avoir usé de ma sève d’optimiste têtue. Mais oui, mon pays va mal.

Dans mon pays, les routes tombent en lambeaux, tuent chaque jour un peu plus, mais ça ne semble déranger personne.

Dans mon pays, on multiplie les slogans, grands, petits, transformation, rénovation, plan triennal, plan quinquennal, mais rien n’y fait, le pays va mal.

Dans mon pays, les jeunes n’ont plus de modèles. Le piment, expression célèbre chez moi pour parler à mots couverts des belles qui ont décidé que leur corps était leur meilleur atout, oui dans mon pays, le piment a des beaux jours.

Dans mon pays, je disais, les jeunes n’ont plus de modèles. Le piment fait désormais peau neuve sur la place publique. Les commerçantes de ce bien précieux ne se cachent plus. Elles affichent désormais leurs voitures, leurs sacs de marque, leur statut d’amantes ou que sais-je encore. Elles ont désormais le droit de citer sur les presses internationales pour défendre (il faut y croire) les droits des femmes. Ces commerçantes d’un nouveau genre ne sont-elles pas au fond bien le symbole du pauvre rôle que la femme a dans mon pays ? Ces commerçantes sont-elles conscientes d’être des objets ni plus ni moins ? Je me pose vraiment la question. Triste réalité que la nôtre.

Dans mon pays, le saupoudrage est un art. Que ce soit dans les marchés publics, que ce soit dans les initiatives privées dites sociales, on s’occupe de tout, on parle de tout, on fait tout mais au final on ne fait rien. Et avec le saupoudrage, on occupe la place publique, qu’on soit homme d’état, homme d’affaire, “journaleux”, jeune en devenir. On occupe les médias. On occupe les premières places partout. Avec le saupoudrage, on se maintient et on prend le contrôle chaque jour un peu plus.

Dans mon pays, les enfants de la rue sont des marginaux, sans aucune institution forte pour les réinsérer. Dans mon pays, les personnes âgées ne sont pas encadrées. Une des rares institutions privées qui soit dévouée à leur cause vient de perdre sa fondatrice, une sœur catholique âgée de 85 ans. A peine décédée, son institution est déjà menacée d’éviction. Dans mon pays, il n’y a pas d’assurance maladie publique et les assurances privées estiment que la maladie est un risque à perte qu’elles ne peuvent assurer que s’il est accompagné d’autres polices (habitation, voiture, entreprise, etc).

Dans mon pays, quand tu as un travail, tu dis merci à Dieu. Dans mon pays, être fonctionnaire est un accomplissement de vie, travailler dans le privé, le sésame qui te met au-dessus de la populace, se mettre à son compte un échec prémédité et faire du bien pour les autres, un acte d’aveugle.

Dans mon pays, l’étranger a plus de pouvoir que l’autochtone. Être ministre c’est un statut, un titre mais en aucun cas une fonction avec des devoirs et des responsabilités. C’est ainsi que les prêts internationaux augmentent chaque jour de plus en plus, se chiffrent en milliards. Qui va payer l’addition ? On se le demande. Quel sera le résultat de ces investissements, on l’attend en priant pour que le budget ne soit détourné qu’à 50%.

Dans mon pays, à force de se demander quand ça changera, on meurt. Dans mon pays, à force de se dire qu’on veut faire quelque chose pour changer, on se meurt. Dans mon pays, tous ceux qui ont dit non sont morts. Dans mon pays, l’histoire c’est pour les morts. Les vivants, vivent. Dans mon pays, tout est à refaire mais rien ou presque ne bouge.

Dans mon pays, être citoyen c’est être un individu passif, attentiste et opportuniste. Dans mon pays, être homme d’affaire ou patron dans le parapublic, c’est s’enrichir, s’enrichir, s’enrichir toujours plus, sans jamais réinvestir, sans être pérenne, sans faire dans le social, en mettant toute sa famille, même ses cousins les plus lointains en haut, sans avoir peur de Dieu.

Dans mon pays, mieux vaut ne pas connaitre la vie des gens. On ne s’en remettrait pas. Dans mon pays cependant, malgré tout, il y a des gens qui comme moi, au fond, n’ont pas perdu espoir. Il demeure des gens meilleurs que moi, qui continuent à se battre, prendre des risques pour faire du bien malgré tout, chaque jour. Il existe quelques rares ministres qui font leur travail et il est encore des fonctionnaires qui veulent réellement apporter leur pierre à l’édifice.

Dans mon pays, la médiocrité veut l’emporter sur le bon sens mais comme on dit aussi dans mon pays “Dieu ne dort”, oui il ne dort pas et fervente chrétienne que je suis, en ce temps de carême, j’ai remis mon pays en prière. Je reste persuadée que nous pouvons encore, si nous le voulons, patiemment, lentement, inverser le mauvais sort.

Dans mon pays, je veux rester optimiste malgré tout, je ne veux pas fuir. Je veux rester, agir, écrire comme je le fais maintenant, participer même de façon insignifiante au changement.

Dans mon pays, je veux avoir l’occasion de faire du bien autour de moi, d’alléger un peu la peine et je respecte toutes les personnes que je connais qui n’hésite pas à le faire tous les jours (KF Heart or Steve Mvondo- #togetherforblaise) et que je souhaiterais pouvoir aider mieux.

Dans mon pays, je continue à rêver de lendemains meilleurs pour mes enfants.

C’était un rappel que mon pays va mal, très mal mais que mon pays je l’aime avant tout et j’en reste fière malgré tout. Votre avis est attendu en commentaire.

Love, Anna♦

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6 thoughts on “Mon pays va mal

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