33ans

Trente-trois ans à rire ou à pleurer


Trente-trois ans à rire ou à pleurer, on se le demande…

Trente-trois ans, c’est l’âge de Jésus-Christ au moment de son décès. Trente-trois ans, c’est un âge considéré comme l’âge de raison dans de nombreux ouvrages littéraires, allez savoir pourquoi. Trente-trois ans avec 22 ans en plus, c’est l’âge actuel de mon cher pays. Et en fait 33 ans, c’est le temps que mit un certain Nkukuma à la tête de ce pays.

Pour ceux qui passent ici pour la première fois, je m’appelle Anne et je suis originaire de l’Afrique en miniature, en d’autres termes le Cameroun. Au Cameroun, nous avons été indépendants en 1960. Depuis 1960, nous avons eu le privilège d’avoir deux présidents (oui privilège, on connaît des situations plus critiques ou bien?). Le deuxième qui n’est autre que l’actuel chef d’Etat a donc eu l’opportunité de devenir président, il y a de cela 33 ans à un jour près (le 6 novembre).

D’où mon interrogation, 33 ans à rire ou à pleurer? En effet, 33 ans c’est beaucoup d’années d’immobilisme, de nombreuses années de changements constitutionnels pour se faire réélire, et c’est 33 ans de mise à mal de l’essence même du pays, de ses valeurs avec la prolifération galopante de la corruption. On pourrait certainement penser 33 ans à pleurer.

Mais, c’est aussi 33 ans de paix chèrement gagnée quand tout l’entourage a déjà connu au moins une guerre (Nigeria, Centrafrique, Congo, Tchad, etc.). C’est 33 ans pendant lesquels nombre de Camerounais (bien que moins de 5 % de la population) ont pu accéder à la richesse. C’est 33 ans sans famine, car l’agriculture vivrière bien qu’encore sous-exploitée permet cependant de manger à satiété des vivres frais et variés, ce qui n’est pas l’apanage de beaucoup de pays de ce côté-ci de la planète. C’est 33 ans avec quelques infrastructures supplémentaires et une économie qui reste en croissance (5,9 %) cette année.

Plus profondément, je ne souhaite pas faire un bilan économique, politique ou encore social de ces 33 ans de règne. Je n’en ai ni la capacité, ni la volonté et je ne pourrais que rentrer dans un match avec les nombreux penseurs patentés que compte mon pays. Que Dieu m’en garde. Non, je tiens juste à me rappeler que ce pays demeure le mien. Je préfère me rappeler qu’il est dur d’y vivre tous les jours, mais il y fait bon mine de rien. Je préfère me rappeler que le futur et le destin sont des données individuelles et pour espérer un changement collectif, il faut d’abord une prise de conscience de chacun.

Trente-trois ans à rire, je préfère, car c’est 33 ans à grandir, à vivre dans ce pays (un peu moins, car je n’ai pas encore 33 ans) et à se demander comment le changer. Oui, comment changer les mentalités? Comment créer un esprit citoyen? Pour nombre d’entre nous qui regardons avec tristesse le bilan de cette période.

Nous avons le choix aujourd’hui, en tant que jeunes notamment, de voir le passé différemment et de forcer le changement. Beaucoup parmi nous se mobilisent dans des causes associatives, caritatives. Ils sont désireux d’apporter de l’aide à leurs compatriotes en difficulté. De plus en plus, des jeunes Camerounais formés à l’étranger rentrent dans leur pays et ceux ayant grandi sur place se lancent dans l’entrepreunariat. L’Etat l’a même compris en facilitant les procédures pour la création d’entreprises.

Trente-trois ans ce n’est qu’un chiffre et de plus en plus, je pense que ce n’est pas une barrière. Rien n’est éternel et le choix est donc le nôtre. Attendrons-nous la fin ultime des 33 ans en pleurant sur notre sort, en nous abandonnant à la tristesse, au défaitisme sans jamais rien y faire ou choisirons-nous de considérer c’est 33 ans pour ce qu’ils sont, un début, et l’espace pour un avenir que nous seuls pouvons définir?

Soyons plus citoyens. Soyons plus courageux. Soyons plus motivés. Il faut y croire. Moi j’ai déjà choisi. C’est 33 ans à rire, rire de joie, rire d’espoir, rire de courage, rire d’ambition.

Et vous, qu’en dites-vous? L’espace commentaire vous permet de nous en dire plus.

Love, Anna♦

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8 thoughts on “Trente-trois ans à rire ou à pleurer

  1. Beau billet. J’avoue que c’est une bien triste histoire qu’au bout de 33 ans on ait un bilan mitigé. Et pire qu’on ne sache pas où on en est véritablement. C’est bien de prendre la vie du bon côté.

    Amitiés !

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  2. Bel article j’aime bien la conclusion. C’est difficile parfois de voir le bon côté des choses mais quand on pense que ça pourrait être pire et qu’en fait on a pas vraiment le choix si on veut avancer…

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