Deuil-Cameroun

Quand tout va à vau l’eau


Quand tout va à vau l’eau et que l’incroyable se pointe au RDV, à certains égards, il doit s’agir de mon pays le Cameroun. Il doit s’agir de mon pays parce que nous avons été pris en otage depuis trop longtemps par une certaine élite pour qui nos vies ne valent rien. 

Ce matin c’était cette route qui se coupe (Dieu merci sans tuer personne), et empêche la circulation entre les deux villes les plus importantes du pays ( Douala, capitale économique et Yaoundé, capitale politique).

En début d’après-midi c’est la conséquence la plus invraisemblable de la première catastrophe, un déraillement sanglant au cœur d’une petite ville au cœur de la forêt, Eseka, chef-lieu de département et célèbre dans notre histoire pour sa place au sein du maquis. 55 camerounais(Source: témoins oculaires actuellement à Eseka) ont perdu la vie tandis que 575 blessés se battent (Source: Déclaration d’Edgar Alain Mebe Ngo’o, ministre des transports en direct d’Eseka, interviewé au Journal de 20h30 de CRTV) pour la conserver. Leur seul crime: avoir pris le train.

Le choix le plus court est de décrire par le menu le négatif, lancer des plaintes (nos seules armes a priori), voire même pleurer

Lorsque des drames nous assaillent, le choix le plus court est de décrire par le menu le négatif, lancer des plaintes (nos seules armes a priori), voire même pleurer. Cependant, nous ne prenons pas souvent la peine de chercher le petit grain de positif, qui au final sera notre seule option pour un jour améliorer les choses.

Pour moi, il y a eu du positif aujourd’hui. Les réseaux sociaux nous ont démontré aujourd’hui leur puissance et de ce fait le poids que le citoyen est en train de prendre dans ce cher Cameroun. Pensez-y, pour mes amis Camerounais, “zéro mort” n’est pas si loin. Oui, il y a quelques années, des Camerounais perdaient la vie dans des situations graves, pour se les voir renier par les déclarations de nos politiques.

Un certain ministre de la communication avait ainsi gagné le sobriquet de “zéro mort” pour son déni d’une certaine catastrophe routière. De même au début des années 2000, de nombreux étudiants avaient perdu la vie à Buea, à la suite d’une répression de manifestations étudiantes et le gouvernement avait pu renier ces morts sans souci. Je me rappellerai toujours des deux morts déclarés pour lesquels l’État avait même contribué à l’enterrement, pendant que les autres décès étaient restés dans l’anonymat.

Notre gouvernement est désormais forcé par le peuple de se justifier, de se mobiliser.

Aujourd’hui, que ce soit avec les attentats de Boko Haram, que ce soit avec les accidents routiers, il y a quelques mois avec les drames dans les hôpitaux, ou aujourd’hui avec le drame d’Eseka, notre gouvernement est désormais forcé par le peuple de se justifier, de se mobiliser. Cette image de deux ministres de la République se précipitant au vu et au sus de tous sur le site d’un drame, c’est une victoire pour nous les citoyens. Victoire au prix de nos vies, de celles de nos frères et sœurs disparus aujourd’hui mais victoire cependant. Il ne faudrait pas que nous sous-estimions notre force.

Les réseaux sociaux sont devenus aujourd’hui l’expression d’un contre-pouvoir, de la parole citoyenne et d’un Etat qui pour survivre est obligé de faire différemment. Le vrai drame est que nous soyons encore peu conscients de notre pouvoir. Le drame est que beaucoup d’entre nous l’utilisent encore à mauvais escient, partageant des statuts moqueurs (forme de protection de la douleur),  ne respectant pas la dignité humaine, soi-disant par devoir d’information.

Nos morts doivent nous marquer mais les conséquences de notre mobilisation aussi doivent nous marquer

Nos morts doivent nous marquer mais les conséquences de notre mobilisation aussi doivent nous marquer. Ce n’est pas nos médias (quoique exception pour la Radio Balafon qui a fait aujourd’hui un boulot superbe de relais) qui nous informeront. Ce n’est pas nos hommes politiques quelque soit leur bord qui nous protégerons, trop qu’occupés qu’ils sont soit à manger, soit à se battre pour rentrer dans la mangeoire. Ce n’est que nous, citoyens, amis, frères qui pourront nous aider, qui forceront ce haut à nous respecter.

Les morts d’Eseka font pour moi figure de martyrs, martyrs de nos défaillances, martyrs de nos plaintes, martyrs de ce changement qui arrivera vaille que vaille. Que ce haut nous entende, que ce haut cesse de nous mener à l’implosion. Mais aujourd’hui, nous avons gagné, nous leur avons donné une gifle, nous leur avons prouvé que nous pouvons être solidaires, nous pouvons unir nos voix pour sauver nos frères.

Ce soir dans ce chez nous qui va à vau l’eau, nous portons le deuil mais je le crois, j’en suis convaincue, nous portons l’espoir, ne lâchons rien.

Pour nos morts, que la terre de nos ancêtres leur soit légère, que nos pleurs, nos complaintes mais paradoxalement nos remerciements les accompagne. Allez en paix.

Love, Anna♦

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One thought on “Quand tout va à vau l’eau

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