Il y a 64 ans, la Terre « Cameroun » accédait au mot défini comme l’indépendance. 12 ans après, en 1972, était instituée une célébration dénommée « Fête de l’Unité Nationale ». En effet, de « République Fédérale », elle devenait par voie d’une nouvelle constitution et par choix d’un leader « éclairé », une « République Unie ».
Aujourd’hui, 20 Mai, nous célébrons une fois de plus, la fête de l’unité nationale. Que pourrait signifier cette expression en 2024. C’est une interrogation majeure. Ma réponse naturelle serait « vivre l’unité nationale au Cameroun en 2024, c’est maîtriser l’art de la survie ».
En hommage donc à tous les Camerounais qui comme moi vivent sur cette terre, ou même à distance, la portent dans leur coeur, je fais l’exercice de vous partager quelques règles essentielles de survie, avec beaucoup d’amour, je préviens.
1. Recherche la paix et la paix seule
C’est dur, je l’avoue en entame. Qu’est-ce donc que la paix lorsque a minima une fois par semaine, tu fais face aux coupures de courant. Elles ont ce don de repenser ta journée, ton business, ton misérable planning, je devrais rajouter. En quoi rechercher la paix, si l’eau peut devenir une denrée rare même dans les quartiers dits chics? Essaie de vivre sans forage. Tu m’en donneras des nouvelles. La paix alors que les bars ouvrent partout, et de plus en plus en zone résidentielle. De fait, rentrer chez soi pour dormir peut devenir un parcours du combattant. Je ne parle pas des églises champignons qui s’élèvent dans les maisonnées, et qui deviennent spécialistes des veillées de délivrance. Ah, quels cris, il faut parfois pour appeler le Seigneur.
En dépit de ces contrariétés, je le répète, recherchez la PAIX. Que peut signifier la paix? C’est se lever tous les matins en bonne santé. Pour ceux qui ont des enfants, les regarder sourire, leur faire un calin et les déposer à l’école. La paix, c’est avoir la grâce d’avoir une activité professionnelle salariée ou non, qui vous permette à la fin de chaque mois de payer le loyer, vous occuper de vos plus chers, et si possible de réserver un petit brin à un temps d’amusement avec les amis ou la famille. La paix, c’est en ces temps d’austérité forcée, pouvoir poser chaque jour de quoi manger sur la table. On ne connait plus le prix de quoique ce soit. Tantôt c’est l’huile qui grimpe, ou encore le carburant. Tout ceci est toujours innattendu mais survivre ici, c’est s’adapter avec le sourire.
J’allais oublier, laisse la guerre au NOSO et au Nord avec Boko Haram. Si tu t’y intéresses trop, tu perdras le sommeil pour le reste de la vie.
2. Vis pour le futur que tu ne vois pas, et dont tout le monde se fout
Terrible et hasardeux. Comment faire autrement cependant? Je me définis parfois comme une grande rêveuse. Pourtant, que faire d’autre? Si je ne vis pas dans ce pays comme si je devais le léguer à ma fille et mes petits-enfants, je ne pourrai que le quitter. L’égoïsme ne nous aidera pas. Tant qu’à rester ici, commençons à vivre comme si cette terre nous appartenait. Comment?
Cultivons un peu de sérieux. Quand tu es pressé, est-ce que tu es obligé de créer une troisième ligne dans les embouteillages? Lorsque tu viens à la banque et que tu connais le guichetier, qu’est-ce que ça te coûterait de faire la queue, plutôt que de te retrouver comme par magie devant? Si tu pouvais arrêter de surcharger dans le taxi même pour une journée, ça n’aurait pas l’air plus doux?
D’aucuns diront que je peux me le permettre parce que ma vie donne. Ce qui est drôle c’est que ceux qui me répondront cela, ont une vie qui donnent parfois mieux que la mienne. Ils bénéficient d’avantages nombreux et divers. Ils ont un oncle fonctionnaire, qui leur a déjà promis de mettre leur nom sur la prochaine liste à l’ENAM.
Au fond, ce n’est même pas nos avantages qui posent problème mais ce que nous en faisons. Quand on a fini de détourner des milliards dans les institutions de l’Etat, est-ce qu’on pourrait penser un vrai business pour recruter même 2000 Camerounais? Ou bien cet argent doit servir à acheter 10 bouteilles de Ruinart par jour dans la boîte de nuit de notre voisin malhonnête ? Ou encore, faire le bonheur des propriétaires d’immeubles meublés pour des locations à grande durée?
Nous sommes tous responsables de là où notre pays ira. Que nous soyons membres du parti au pouvoir, opposants d’apparence ou opposants radicaux, nous devrons trouver un juste milieu d’intérêt pour que ce pays ne s’éteigne pas dans la noirceur.
3. Adhères à l’unité nationale
C’est une chimère, mais c’est une nécessité. Le pays qu’est le Cameroun a été disloqué depuis de longues années. Le nier serait nous mentir. Toutefois, il ne pourra pas en être de tel sur les cinquante prochaines années. Nous ne pourrons pas continuer de sombrer. De ce fait, si nous voulons croire et vivre un pas après l’autre sur cette terre, nous devons croire qu’il nous sera possible d’y vivre ensemble en sérénité. Pourquoi insister? Le Cameroun c’est plus de 280 ethnies. Sans insister, nous serions voués à la destruction totale.
De plus, diriger en tirant usage opportuniste des dissensions ou des rapprochements ethniques est au coeur de l’idéologie de gestion des autorités actuelles. Ce principe a d’ailleurs un nom: l’équilibre régional. Plutôt qu’équilibre, il vise à obtenir le contraire de l’unité nationale. Je l’appelle le partage national. En somme, on ne peut pas s’unir pour vouloir mieux, parce que chacun a quelque chose à gagner dans le statu quo.
Pour survivre, j’encourage ceux qui y croient encore à cultiver la réelle unité nationale. Cela commence, par attribuer les tâches au mérite. Cela suppose ensuite, d’accepter la diversité. Quels sont vos meilleurs amis? Tous de la même tribu? Arrivez-vous à conserver ces amitiés sans jamais y insérer un sel de préjugé tribaliste? C’est une équation insoluble ou pas.
4. Garde l’espoir toujours
Le Cameroun est un pays compliqué. Toutefois, les camerounais sont des génies. Brillants, inventifs, désireux de donner le meillleur, amoureux de leur terre en dépit de tout. Nous sommes l’Afrique en miniature. Pour d’autres, nous sommes un continent.
Les épithètes d’hyperbole sont notre quotidien. Nous avons tendance à nous voir GRAND quand d’autres nous voient TOUT PETIT. C’est ce contraste qui bâtit la vie du Camerounais lambda. Cette envie d’ailleurs pour certains d’entre nous, qui ne change pas le fait que nous sommes heureux de porter haut les couleurs du pays où que nous soyons.
Dans notre lignée, nous avons des hommes d’exception, Charles ATANGANA, Ruben UM NYOBE, Ernest OUANDIE, OSSENDE AFANA, Alexandre BIYIDI dit MONGO BETI, Richard BONA. Nous avons aussi des femmes Françoise MBANGO, Thérèse SITA BELLA, Gladys EJOMI, Denise EPOTE Durand, Elizabeth TCHOUNGUI, etc.
Le Cameroun, terre d’opportunités, haut-lieu culinaire, terre de tourisme, un pays qui est le nôtre et qu’il conviendra de bâtir 237 fois , et autant d’autres fois qu’il faudra pour que nous puissions être fiers.
A tous et toutes, Bonne Fête de L’unité Nationale. Pour ceux d’entre vous qui n’êtes pas originaires du Cameroun, retenez qu’il s’agit de ma terre et j’en suis fière. Aujourd’hui nous célébrons une fête que nous n’avons pas défini certes mais qui demeure un symbole pour nous souvenir de l’honneur et de la responsabilité qui nous incombe en 2024 d’être citoyen Camerounais.
Que pensez-vous de notre Cher Cameroun, votre avis en commentaire serait un honneur à lire.
Love, Anna.
