Oloture

Òlòturé ou l’enfer de la prostitution


Ça faisait longtemps que je n’avais pas senti le besoin après avoir regardé un film, d’écrire tout un article à ce sujet. “Oloture” que je viens de terminer, a créé cet effet.

C’est un film nigérian, porté par une jeune actrice que j’aime beaucoup et que j’ai toujours vu dans des rôles plus gais. Sharon Oja réalise ici une belle performance dans un thriller dramatique centré sur le trafic d’êtres humains.

Une jeune journaliste, décide de devenir prostituée afin d’infiltrer les arcanes de la prostitution et réaliser un reportage d’exception. La quête d’information va mal tourner et le long-métrage nous entraine dans cette aventure.

Ce film m’a rappelé un livre Lu il y a quelques années, qui décrivait le circuit du trafic des femmes africaines en France.  Il m’a aussi rappelé le documentaire du journaliste camerounais Olivier Enogo dédié au même sujet. Cependant, ce qui est horrible c’est de réaliser que ces documents datent de près de quinze ans auparavant et rien ne semble s’être amélioré.

1. La prostitution n’est toujours pas un jeu

Je ne sais pas pour vous mais lorsque je vois des prostituées en route, mon premier réflexe est de me demander ce qu’elles font là. Au-delà de ce réflexe, mon analyse première me pousse toujours à penser qu’elles ont fait un choix de “facilité” et qu’elles l’assument.

Regarder “Oloture” m’a rappelé que pour beaucoup d’entre elles, le choix n’était que relatif. En effet, elles vivent parfois sous le contrôle d’un Mac, prêt à tout. Quand il ne s’agit pas du Mac, il s’agit de la personne qui les héberge et qui n’est très souvent pas différente d’une mère maquerelle.

Au-delà du choix relatif, la prostitution et notamment la prostitution de rue, reste et demeure une activité dangereuse. Aucune prostituée n’est à l’abri du pervers qui une fois qu’il vous a choisi, est prêt à tout assouvir avec vous. De plus, cela ne se voit pas toujours sur le visage. De ce fait, elles prennent facilement beaucoup de risques.

2. La prostitution est un commerce bien huilé

Tout comme toutes les autres entreprises mafieuses de par le monde, les réseaux de prostitution sont bien organisés, violents et ont de grosses tentacules.

Nous avons parfois l’impression que les prostituées bénéficient au maximum de leur choix de vie.

Les légendes populaires autour de certaines prostituées de luxe dans notre environnement, nous donne en effet l’impression qu’on peut se créer une belle vie. En toute chose, il y a certainement des exceptions.

Cependant, regarder Oloture m’a permis de comprendre que les apparences sont souvent trompeuses. Un des personnages du film m’a ainsi marquée. Ancienne prostituée en Europe, elle est désormais au Nigéria, une personnalité et une femme en apparence influente. Elle organise des soirées uniques pour des personnalités avec des “filles de choix”. Elle roule carosse et tout semble aller au mieux pour elle.

Ce n’est qu’une image. Elle a bien dans la hiérarchie du cartel, des maîtres et sa vie ne tient pas à grand chose. Le trafic a des règles strictes. Ceux qui pensent pouvoir les enfreindre, sont voués à la mort.

Penser à la mort, me rappelle le sort de la source d’Olivier Enogo dans son documentaire sur la prostitution africaine en Europe. La jeune fille a été trahie par ses pairs et poignardée en plein Paris.

Dans le film Oloturé, je vous laisserai découvrir aussi d’autres, qui vivent des péripéties semblables.

3. Tous nos choix ont des conséquences

Le cinéma a cette particularité de nous ramener toujours à l’humain. Tout comme d’ailleurs tous les éléments culturels (la musique, l’art, l’écriture, la littérature, etc.). Ce film ne fait donc pas exception. Ici, j’ai retenu surtout que nos choix ont toujours des conséquences qu’elles soient positives ou négatives. L’héroïne du film, la journaliste Oloturé, en est le premier exemple. Elle décide d’infiltrer un réseau de prostitution pour les besoins de son enquête. Cela jusqu’à quel prix?

De même, Linda qui décide de faire venir sa petite sœur du village, pour se lancer dans l’aventure de la prostitution. A quel prix?

Les conséquences dans ce film sont immédiates et directes. Elles nous donnent à réfléchir sur la nécessité d’avoir un cheminement de vie auquel on peut se rattacher.

4. La prostitution est un système qui renforce le statut objet de la femme

Je vois déjà de nombreux yeux s’ouvrir ici, et les uns et les autres, m’expliquer comment de nombreuses femmes font le choix de la prostitution. On me rappellera que pour certaines, qu’on peut définir comme prostituée de luxe, c’est au contraire une forme de liberté totale. Je suis par exemple tombée sur cet article du quotidien français Libération qui mentionne je cite:

“Il suffit qu’une seule personne décide librement de faire du commerce sexuel sa profession habituelle ou occasionnelle pour que la prostitution devienne une activité aussi légitime que tout autre.

La liberté de se prostituer, Daniel BORILLO, 5 Juillet 2002

Selon la sociologue et féministe américaine Kathleen Barry, ”  quoique souvent présentée comme une libération sexuelle, la prostitution doit s’adapter aux attentes des consommateurs et constitue un acte sexuel réactionnaire et répressif” (Source ici).

Oloture me rapproche de cette perspective. Toutes les femmes qui sont impliquées dans ce système tout au long du film, ne semble jamais avoir pleinement le contrôle sur leur corps. Que ce soit avec les clients (violents et agressifs pour certains) ou encore avec leurs macs ou plus simplement avec la police, c’est pareil. Etre une prostituée à la merci de tous vous dépossède de vous-mêmes. La raison pour laquelle ce système perdure reste et demeure le besoin d’assouvir les besoins sexuels de nombreux hommes, à tout prix.

Il est difficile de vendre ce que nous sommes et de s’en sortir sans se casser chaque jour un peu plus. L’héroïne principale nous le démontre et je la remercie pour la leçon apprise, de même que pour les autres actrices de ce film.

Nous ne devons pas prendre à la légère ces problématiques, encore plus dans nos environnements où certaines pratiques sont encensées. La prostitution n’est pas un jeu et on ne peut pas en tant que femme s’y adonner régulièrement, sans en pâtir d’une manière ou d’une autre.

Au-delà d’en pâtir, c’est une expression d’un système oppressif. Les cas où la femme est totalement libre de son choix et donc libre de son corps, demeurent minoritaires. Dans la plupart des cas, la prostitution est comme je l’ai dit plus haut, un système bien organisé et très généralement lié à des organisations mafieuses.

Dans mes recherches, je suis tombée sur cet article de Mr. Axel Kahn (publié en 2016), qui exprime avec beaucoup plus de justesse que je ne saurais le faire, ce statut d’objet associée pour moi à la prostitution. Il renforce aussi la réalité selon laquelle les prostituées sont essentiellement des victimes qui doivent être accompagnées. Je vous laisse le lire : Liberté et prostitution

5. Ce film est tiré d’une histoire vraie

J’ai été glacée de découvrir que le film était inspiré d’une histoire vraie. Pourquoi? Car l’histoire est triste. Se dire qu’elle a été créée pour sensibiliser, est acceptable. Par contre, se rendre compte que dans le cas d’espèce, quelqu’un a réellement parcouru ce chemin, c’est douloureux.

Pour en savoir plus sur la véritable histoire derrière le film, je vous invite à lire cet article du Monde

La véritable histoire d’Oloture

Conclusion

Je vous invite autant que possible à regarder OLOTURE. Au-delà d’une plongée dans l’univers noir de la prostitution, avec à la clef plus de bienveillance, ce film demeure une belle œuvre d’art qui rappelle que le cinéma africain peut et va continuer d’aller loin. Pour ceux qui l’ont déjà regardé, qu’en avez-vous pensé? De manière plus générale aussi, quel est votre avis sur la prostitution? Discutons-en

Love, Anna.

4 thoughts on “Òlòturé ou l’enfer de la prostitution

  1. Pas vu le film. Donc merci pour l’info. Quant à la prostitution, il faudrait déjà la dépénaliser et, puis, la légiférer. Autrement c’est la double peine pour elles : subir une agression dans le cadre de son travail et ne pas pouvoir bénéficier de la protection de l’état de peur de se dénoncer soi-même…

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    1. La dépénaliser je ne le crois personnellement pas. 90% des prostituées ne sont pas libres. Dépénaliser ce n’est en aucun cas libérer la prostituée. C’est donner à 300% des armes à ceux qui détiennent les réseaux pour sévir sans risqué d’être poursuivi. En effet, comment rendre la prostitution légale et continuer de pénaliser le proxénétisme?

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