resilience

4 raisons d’aller au-delà de la résilience


Si vous vivez au Cameroun, vous savez certainement ce que c’est que la résilience. Largement définie, comme notre capacité à avancer malgré tout, elle semble définir notre mode de vie dans le pays. En effet, pour beaucoup le Cameroun est dur, désespérant comme me disait une amie récemment. De ce fait, sans la résilience, nous serions tous morts.

Apostrophe assez dure et peut-être pas nécessaire, mais je dois avouer que nous sommes nombreux à le penser. D’ailleurs, de nombreux amis qui ont choisi de ne pas vivre ici, me l’ont souvent fait remarquer. En somme, il faut un mental de fer pour vivre au Cameroun. Aujourd’hui, cependant, j’ai voulu me poser des questions différentes.

1.La résilience comme la seule option

Il y a quelques jours, j’ai participé à un atelier de sensibilisation sur les violences sexuelles faites aux femmes en temps de guerre. Vous ne le saviez peut-être pas, mais 70% des violences sexuelles que subissent les femmes, surviennent en temps de guerre. C’est un chiffre effarant lorsqu’on sait que dans mon cher pays, deux foyers de guerre sont actuellement présents. Il s’agit des provinces du Nord-Ouest et du Sud-Ouest d’une part, et d’autre part du Nord Cameroun. Cette dernière zone est le théâtre de la lutte contre Boko Haram.

Lorsqu’on parle de violences sexuelles, on pense surtout au viol (d’ailleurs reconnu par les Nations unies comme une arme de guerre). Cependant, la violence sexuelle commence par les mots inappropriés, les gestes intrusifs, répétés, etc.

Pour en revenir à l’atelier et à la résilience, j’ai rencontré des déesses. Ces femmes ont bien voulu nous conter des morceaux de leurs histoires respectives et les voir parler, sourire, marcher, etc. était un exemple palpable de cette résilience qui semble si bien caractériser le peuple Camerounais. Elles étaient dignes, désireuses de voir leur vie évoluer et confiantes bien que blessées. Pour elles, il semblerait donc qu’être résiliente soit l’unique choix.

2.Et si la vie allait plus loin ?

La rencontre avec ces dames a réveillé beaucoup d’émotions et de réflexions en moi. Pourquoi limitons-nous la résilience à la survie ? Pourquoi être résilient semble signifier courber l’échine et souvent cesser de rêver ?

Lorsque vous discutez ou écoutez les Camerounais dans la rue ou sur les réseaux sociaux, nous ne perdons plus l’éternel « on va faire comment ? » . Vous entendrez aussi très souvent « c’est la vie ». Je ne peux compter moi-même le nombre de fois où j’ai prononcé cette phrase depuis ma naissance. Pourtant, je l’ai en horreur!

La résilience ne devrait pas se limiter à vivre un jour après l’autre sans espoir, et en priant juste pour vivre. Lorsque j’ai écouté les récits de ces femmes rescapées des conflits au NOSO, j’ai eu froid dans le dos. Pour chacune d’entre elles, la fuite dans la brousse, le périple pour arriver à Douala, a été effrayant. Chacune, a dû se lever le matin en se disant : ceci est peut-être mon dernier jour. Elles ont prié pour juste vivre. Cependant, elles y croient encore. J’ai discuté avec une en particulier qui m’a dit « avec du soutien, je peux encore être tout ce que je veux ».

La résilience à mon sens, c’est vivre aujourd’hui certes mais en croyant FORT qu’on peut tout. C’est vivre aujourd’hui pleinement mais sans douter un seul instant que demain sera beau. Nous pouvons continuer de rêver, et d’espérer car lorsque nous n’avons plus rien, personne ne nous enlèvera cela.

L’écrivain Ben Okri, m’a laissée cette citation« Dans les rêves commencent la responsabilité ». Cette citation est issue d’un de ses romans, « Un amour dangereux ». Le livre se déroule dans un bidonville nigérian, au début des années 90. Le pays est sous le poids de la crise globale du pétrole. Le pays avait surfé sur l’or noir pour devenir riche et les choses vont mal. Les Nigérians ont pour beaucoup la sensation de vivre dans un climat d’horreur permanente.

Le jeune homme, Omovo vit donc dans un bidonville de Lagos, sans le sou. Pourtant, il est amoureux mais surtout il aime peindre. Il utilise des matériaux récupérés dans les décharges pour créer sa palette de couleurs, et créer des œuvres uniques. Ces toiles relatent la vie dans Lagos, et sonnent comme des notes d’espoir. Lorsqu’on est sans le sou, peindre au lieu de chercher du travail semble si vain.

Pourtant, l’artiste nous parle dans ce livre et nous explique que ses rêves font déjà de lui un acteur de la société. Il doit donc à cette société de réaliser ses rêves pour y jouer le rôle qui est sien. En effet, ce rôle participera à rendre la société meilleure. Ceci à mon sens, c’est aller au-delà de la résilience. De cette maxime, j’ai fait ma devise en 2007, lorsque j’ai lu le livre et j’en parlais ici.

3.Nous avons donc besoin d’y croire

En tant que Camerounaise, je suis donc persuadée que nous devons y croire profondément. Ce pays qui est le nôtre peut être meilleur, et d’ailleurs il est certainement un peu plus qu’avant. La résilience sans foi profonde, c’est marcher comme un condamné.

Je suis extrêmement admirative des jeunes qui créent des applications, des services nouveaux et essaient de les commercialiser. Ainsi, ils ne font pas preuve de résilience mais de foi.

La résilience est définitivement surcotée car elle permet juste de survivre. Or, nous devons vivre. Lorsque l’univers a choisi que nous naissions dans une famille, une maison, un quartier, etc. ça ne peut être pour rien. Comment donc nous limiter au jour d’après ?

Vivre ici est DUR, TRES mais il faut VIVRE pleinement ou bien ?

4. Nous avons surtout besoin d’agir

J’ai une foi extrême dans ce pays qui est le mien. Je suis amoureuse du Cameroun et de ses enfants. Au fil du temps, je rencontre des jeunes et des plus vieux pleins d’inspiration qui agissent en dépit de tout pour améliorer les choses. Grâce à eux, j’ai réalisé que nous pouvons TOUS être des acteurs.

La résilience ne devrait pas être cette force qui nous porte un jour après l’autre. Au contraire, elle devrait être l’énergie motrice pour donner le meilleur de soi. Plus facile à dire qu’à faire me dira t-on. Je rétorquerai, que je vois beaucoup qui avec peu font des merveilles chaque jour.

En somme, dans tous les domaines, nous devons exercer une résilience active, et porteuse d’action. Dans le milieu politique, que je les aime ou pas, j’admire tous ceux qui se donnent depuis des décennies dans l’opposition. D’aucuns diront que c’est pour leur bénéficie personnel, cependant, ils parlent, donnent de l’espoir aux autres et pour cela je leur dis MERCI.

Nous avons besoin d’avancer, de penser le chemin que nous voulons donner à cette terre Cameroun. Il est nécessaire d’y réfléchir ardemment.

Conclusion

Pour tous ceux qui liront cet article et ne sont pas Camerounais, ne vous sentez pas exclus. Le monde va dans tous les sens, vous conviendrez avec moi. La pandémie COVID-19 a été cette année un affreux rappel que tout peut encore s’arrêter pour nous, partout. On rend grâce quand on se lève le matin, et on a peur de ce que l’avenir nous réserve.

Ce message sur la résilience et l’action vaut donc aussi pour vous. Quelles que soient nos circonstances, quelque soit notre vécu, nous pouvons continuer d’avancer avec une vision grande. En effet, nous partageons tous le même destin, celui de la mort inéluctable. De ce fait, que décidons-nous de faire pour nous-mêmes et pour les autres en attendant ? Vivre pleinement, se réaliser ou trembler à chaque instant ?

Les circonstances de la vie peuvent prendre le meilleur de nous, et nous faire vivre dans la peur incessante. Cette peur peut nous inciter à accepter le jour d’après comme étant déjà beaucoup. J’ai vécu ainsi pendant de longues années. Mes rêves étaient là mais enfermés sous des couches immenses. Je me croyais donc résiliente car survivante. C’est joli, c’est beau, c’est rassurant. Toutefois, ça ne devrait pas s’arrêter là.

Alors, Camerounais ou non, si vous aussi vivez dans la survie et les craintes, ce message était pour vous. Ce sera un plaisir d’échanger dans les commentaires. Le partage nous grandit et en vous lisant, j’apprends aussi. Retrouvons-nous donc, ici, sur Facebook, sur Twitter ou sur Instagram.

Love, Anna.

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