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Les mille et unes façons d’être entrepreneur


Il y a près d’un an aujourd’hui, je faisais le choix de retourner en entreprise après près de trois ans entrepreneur.

Plusieurs raisons motivaient ce désir de retour. Cependant, j’ai pu réaliser en dix mois, qu’en dépit de ce choix, j’étais restée une entrepreneure. J’ai souvent souhaité en parler mais je prenais le temps nécessaire, comme souvent.

Il aura suffi d’une proposition de thématique de mon amie écrivaine Muriel Mben, pour saisir l’opportunité au vol. Sur le coup, j’ai vraiment douté de ce que je pourrais partager. J’ai douté d’être encore une entrepreneure. Puis j’ai réalisé que c’était un virus qui ne me lâcherait plus. Au contraire, c’est un vrai atout dans l’environnement de travail qui est le mien.

A cette période à peu près l’année dernière, j’étais contactée pour un entretien d’embauche dans une entreprise locale. J’étais en plein dans la dernière phase de ma participation à l’équipe de campagne du candidat Joshua OSIH. J’étais donc tout sauf disponible et trouvait cet entretien presque comme une contrainte. Il s’agissait d’un grand groupe national, dont j’avais vaguement entendu parler mais sans plus. L’entretien s’est bien passé, et j’ai simplement signifié que je ne pourrai être disponible avant le mois de Novembre 2019. Quelques semaines après, j’étais convoquée pour un entretien avec le PDG du groupe en question. Surprise, je vous l’assure. L’entretien se passe assez bien, et nous calons les détails. Retour deux mois après, je signe mon contrat en Novembre 2018.

Le choix de revenir en entreprise était mené par plusieurs raisons quasiment toutes des résultats de mon aventure entrepreneuriale.

1 Découvrir d’autres domaines d’activités

J’ai passé les six premières années de mon activité professionnelle dans le même secteur d’activité (alcool et jus). Même si j’avais eu la chance de travailler sur un panel assez large de sous-catégories dans ce secteur (bières, spiriteux, jus, produits de luxe, produits accessibles, etc..), ça restait tout de même un domaine aux codes particuliers et qui d’une certaine manière ont structuré mon mode de pensée dans ma profession, le marketing.

De ce fait, dans l’appréciation des propositions que je recevais de prospects ou de clients lorsque j’étais à mon compte, j’avais parfois la sensation de ne pas aller au maximum, de faire des propositions éventuellement répétitives. Je trouvais donc de plus en plus critique de trouver le moyen d’étendre mes activités et mon spectre de connaissances pratiques en travaillant sur des catégories totalement différentes que celles sur lesquelles j’avais été formée (j’envisageais notamment au départ le monde de la téléphonie où le marketing n’a rien à voir avec les boissons et les produits de grande consommation).

Au fur à mesure que je pensais à cette option, la possibilité d’un retour en entreprise s’offrait à moi.

2. Développer ma réputation et mon image.

Dans le domaine du conseil, il est important de se rendre compte qu’on recherche la compétence. Lorsque votre client vient vers vous, il veut avoir l’assurance que vous maitrisez le sujet. Plusieurs fois, j’ai eu la question: qu’avez-vous déjà réalisé? Etes-vous sûre que c’était vraiment vous? D’autre part, au-delà de la compétence factuelle facilement vérifiable, il y avait parfois ce besoin de travailler avec quelqu’un qu’on “connaît”. Je me suis vite rendue compte que dans mon domaine, le marketing et plus particulièrement la gestion de marque, je ne m’étais pas suffisamment “mis en valeur” pendant mes six années en entreprise. Plusieurs raisons expliquaient cet état de fait, certaines personnelles (d’ailleurs beaucoup l’étaient) mais le résultat à la fin de la journée est que le nom Anne KEDI SIADE n’était pas encore une marque suffisamment forte. Lorsqu’on commence dans le conseil, à défaut d’avoir une équipe solide, il peut être intéressant d’avoir un nom. Ce n’était pas encore mon cas. Cela pouvait se développer sans forcément repartir en entreprise, ça c’est certain. Toutefois, j’ai compris que si je gérais mieux mon nouveau retour, et que je saisissais la bonne opportunité, cela pourrait s’avérer un plus.

3. Réaliser des projets nécessitant des capitaux importants

Lorsqu’en 2015 je me mets à mon compte, je n’ai pas de “protection” ou plutôt une ceinture de sécurité financière. J’y vais en frontal, sans assurance avec juste l’envie de réussir et de mettre à flot ce nouveau projet. J’ai quand même certains soutiens (un local que je ne paie pas, une machine de travail que je n’aurais pas à acheter) qui me permettent de faire la différence mais de façon factuelle, je n’ai pas un investissement de base important.

D’autre part, avant de démissionner, j’avais envisagé l’option de m’assurer une sécurité foncière en construisant. Je me rends vite compte dans les six premiers mois de ma vie d’entrepreneure que l’accès au financement pour ce type de bien, sera dans un premier temps assez compliqué. Les banques demandent des attestations de virement irrévocable, un titre foncier à hypothéquer, une mise de départ, en somme des attributs que je n’ai pas.

Au départ, c’est une grande déception et tristesse. En effet, je reviens sur mes six ans en entreprise et je me demande pourquoi je n’ai pas su profiter des opportunités en face de moi, lorsque je pouvais. Je me plains (bien sûr toute seule sourire) et c’est ainsi que je commence à envisager de retourner en entreprise pour me refaire une santé financière et éviter de mettre en péril la survie de ma jeune entreprise, pour avoir voulu tout faire en même temps.

4. Acquérir une expérience certaine en management d’équipe

Ce dernier point est peut-être pour moi le plus critique. Lorsque je démissionne, je suis Chef de Produit, aguerri certes mais n’ayant pas eu l’opportunité d’avoir une équipe. J’ai managé des personnes directement sur des périodes courtes, ou agi en tant que chef de projet sur des projets interdépartements avec des équipes larges. Cependant, je n’ai pas été responsable de la vie et du développement d’une équipe sur une période supérieure à trois mois. A mon compte, dans les premiers jours, je travaille en solo (j’avais d’ailleurs parlé de la dure réalité du solo-entrepreneur). Je recrute pour des projets mais uniquement pour des projets et je sens que mes capacités de management sont encore à améliorer.

Pour le long terme, j’estime que c’est une expérience à développer rapidement et j’envisage donc de retourner en entreprise à un poste où je serai en charge d’une équipe afin d’éprouver mes compétences. En 2018, j’ai une première expérience longue au cours de la campagne Joshua Osih, et cette opportunité me conforte d’ailleurs dans l’envie que j’ai d’être manager d’équipe.

5. Quelle vie donc depuis le retour en entreprise ?

En Novembre 2018, comme souligné plus haut, j’ai donc eu l’opportunité de rejoindre une entreprise familiale d’un certain standing à un poste de responsable, dans mon domaine. J’ai une équipe suffisamment large à gérer et bien qu’étant restée dans l’agro-alimentaire, je gère des catégories de produits bien différentes.

J’ai ainsi pu répondre à deux de mes besoins et de mes réalités lorsque je faisais le choix de repartir en entreprise, et je pourrais dire que d’un point de vue professionnel et humain, elles faisaient partie de mes expériences clefs. D’autre part, j’ai pu réaliser en dix mois, que le virus de l’entrepreneure était bien là.

Mes activités ont bien évidemment connu une baisse significative. Cependant, ce recul me permet aujourd’hui de mieux réfléchir au futur de mon entreprise, de repenser mon business model et de reconsidérer pour le long terme mes priorités et mes centres d’expertise. Je dirai que ma première expérience entrepreunariale a donc ainsi atteint l’objectif de m’ouvrir à ce monde, de m’apprendre les bases et que je pourrai revenir plus forte, plus aguerrie.

Ensuite, l’environnement de ma nouvelle entreprise est une aventure totalement différente de celle que j’ai pu vivre dans une grande multinationale. Dans cette nouvelle position, je développe mon écoute, mon sens de la diplomatie, mes capacités d’adaptation et ce de manière journalière. Vous serez d’accord avec moi que ces trois “soft skills” sont essentielles en tant qu’entrepreneure aussi. C’est donc un plus total.

De même, je suis passionnée par mon équipe lol. C’est la première raison pour laquelle j’ai envie de me rendre à mon lieu de service tous les jours. De ses membres, j’ai appris au travers du parcours individuel de chacun. Je découvre aussi chaque jour un peu plus le style de management qui est le mien, et je peux l’éprouver, le faire évoluer, l’ajuster au fur à mesure des expériences vécues. C’est gratifiant d’avoir la possibilité de parfois “se tromper” et “se rattraper” sans échouer. L’environnement s’y prête et cela reste une grâce. J’ai cependant appris plus ou moins vite, et je suis heureuse de mes progrès mais surtout de ceux observés chez ceux que j’ai sous ma charge.

Quant aux investissements financiers, de nombreuses expériences vécues hors boulot en 2019 ne m’ont pas permis de réaliser tous mes plans mais ils sont en bonne voie et vont dans le bon chemin et c’est bien cela l’essentiel. Il ne sert à rien en effet de courir mais il faut assurément partir à point.

Sur le plan de la vie en générale, cette expérience, ces nouveaux choix m’ont appris beaucoup sur la personne que je suis réellement, sur mes valeurs et ma capacité à les défendre, sur mes rêves, et ma capacité réelle à leur donner vie. Si je devais arrêter cette expérience professionnelle aujourd’hui et repartir à mon compte, voilà quelques points que je garderais:

Sur le plan de la vie en générale, cette expérience, ces nouveaux choix m’ont appris beaucoup sur la personne que je suis réellement, sur mes valeurs et ma capacité à les défendre, sur mes rêves, et ma capacité réelle à leur donner vie

  • On ne vit pas dans une bulle, il faut s’ouvrir aux autres: en tant qu’entrepreneure et jeune maman, à un moment donné, j’étais rentrée dans une bulle assez fermée. Mes interactions avec les autres et le monde étaient assez limitées. Je m’estimais très occupée et même en terme de présence sur les réseaux sociaux, j’ai progressivement arrêter de bâtir une visibilité, d’échanger, de partager. Dans ma nouvelle entreprise, personne ne me connaissais. Pour me faire comprendre, entendre, pour échanger, collaborer, j’ai dû m’ouvrir, particulièrement avec mon équipe. De même, tout en vivant ces nouvelles expériences, j’ai vu la nécessité de partager avec un nombre plus grand de personnes. Le partage nous enrichit, nous grandit. J’ai saisi des opportunités de parler en public (deux depuis le début de l’année et pour ceux qui me connaissent, ce n’est pas rien), et j’apprends à mieux communiquer sur ce que je fais, sur ce que j’accomplis. J’ai de même rejoint l’Association des Professionnels du Marketing et de la Communication au Cameroun. Autant de petits pas, qui pour moi s’apparentent à des pas de géants.
  • Il n’y a pas une manière de faire les choses: on peut considérer que ceci est une lapalissade mais ça prend parfois du temps pour monter au ciboulot chez moi (sourire). J’avais pensé à une voie pour me mettre à mon compte, une voie pour faire réussir mon entreprise. Lorsque j’ai signé mon contrat pour rentrer en entreprise, même si j’ai refusé de l’admettre ouvertement, je considérais cela comme un échec. Oui, quelque part, je me disais, “tu repars en entreprise parce que tu n’as pas été à la hauteur”. C’est le genre de réflexion qui nous donne la sensation d’avoir une analyse rigoureuse mais ne mène juste nulle part. Oui, mon projet d’entreprise n’a pas fonctionné comme je voulais. Oui, pour passer à un autre stade, je devais repenser mes options mais en quoi est-ce un échec? C’est juste une belle et magique leçon: il n’y a pas de voie royale. Il y a pleins de tournants, de virages dans la vie et dans la carrière, il faut juste savoir les saisir.
  • Rien n’arrive par hasard: Trois mois après être retournée en entreprise, j’ai perdu mon père. J’ai dû gérer beaucoup de choses en même temps. Cependant, je sais que si j’avais été à mon compte avec la structure des revenus de mon entreprise, quelqu’un serait mort une deuxième fois sourire: moi ou l’entreprise. J’aurais pu faire différemment mais ça m’aurait peut-être minée, culpabilisée. Les choses sont arrivées exactement comme elles devaient arriver, point trait. De plus, d’un point de vue humain, j’ai découvert le sens pur d’une certaine solidarité. Les membres de mon équipe ont été exceptionnels. Je n’attendais pas autant d’eux, n’étant leur chef que depuis trois mois. Cependant, je ne leur ai peut-être jamais dit, mais le mois à préparer le deuil a été aussi plus facile grâce à eux. A chaque fois que l’un d’eux me disait “Chef, je ne sais pas comment tu tiens le coup, je t’admire”, ça me donnait encore plus de force pour tenir. Pour chaque action, chaque opportunité perdue ou gagnée sur notre chemin de vie, il y a une raison, une leçon à prendre. Je crois fermement que notre capacité à réussir, réside essentiellement dans notre habilité à comprendre ces moments.
  • Construire, préparer, ce n’est pas inutile: La première fois que je me suis mise à mon compte, je n’ai rien préparé. C’est aussi ça l’entrepreunariat, prendre des risques, tenter, oser. Cependant, c’est très loin d’être moi sourire. Je ne m’en plaignais pas car ça m’avait fait sortir de ma zone de confort et c’était important. Cependant, aujourd’hui j’ai la possibilité de faire encore mieux. Mon sens de l’organisation aime cadrer toutes les opportunités. Aujourd’hui, j’ai la possibilité d’anticiper, de construire un peu, de préparer mieux. Cela ne signifiera pas que ça sera parfait. Cela ne signifie pas que c’est la solution magique. Cependant, c’est une solution qui me rassure, qui me met au taquet et même si je trouve parfois que j’ai procrastiné un peu, je sais qu’il y a des efforts réalisés.

Très certainement depuis dix mois aujourd’hui, je suis à la découverte permanente d’une nouvelle moi, de nouvelles manières d’agir, d’apprendre, de me développer. J’ai grandi comme toujours car je considère la vie comme un éternel apprentissage. De manière plus importante, j’ai définitivement accepté que j’étais entrepreneure. Oui, j’ai cet esprit d’innovation, de faire différent, d’impacter, de servir. J’identifie et je découvre de mieux en mieux ce que je pourrai réellement apporter et c’est une aventure exaltante.

En somme, il n’y a pas une seule façon d’être entrepreneur et c’est avant tout un état d’esprit. Qu’est-ce que vous en pensez? Avez-vous une expérience différente à partager? Un petit mot à partager. Retrouvons-nous dans les commentaires. Hâte d’échanger.

Love, Anna❤️

4 thoughts on “Les mille et unes façons d’être entrepreneur

  1. De même, je suis passionnée par mon équipe lol. C’est la première raison pour laquelle j’ai envie de me rendre à mon lieu de service tous les jours. De ses membres, j’ai appris au travers du parcours individuel de chacun. Je découvre aussi chaque jour un peu plus le style de management qui est le mien, et je peux l’éprouver, le faire évoluer, l’ajuster au fur à mesure des expériences vécues. C’est gratifiant d’avoir la possibilité de parfois “se tromper” et “se rattraper” sans échouer

    Ça c’est le paragraphe qui m’a secoué. Tu sais ce que j’ai toujours pensé de toi. Cet article le résume encore. Tu es sur la bonne voie. Et tu restes entrepreneur même étant en entreprise. Big up.

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