Le plus dur reste de vivre


Il y a quelques mois, je disais au revoir ici à un être cher, un être unique, mon aimé, mon beaucoup, mon papa.

Fille aînée, je partageais dans mes mots, la force que j’avais trouvé pour vivre les un mois qui ont séparé son décès de son enterrement, et pour lui dire au revoir, le laisser partir comme il l’avait voulu. Plusieurs parmi vous, lecteurs, amis, famille, ont applaudi mon courage, ma force. Plusieurs aussi ont signalé que je n’avais pas besoin d’être aussi forte, que j’avais le droit de craquer.

Et quelques mois après, je vais m’autoriser juste pour quelques lignes à craquer mais surtout à partager ce que j’apprends du deuil. Ce n’est pas la première fois que je parle de mes leçons sur le deuil. L’année 2017 m’avait particulièrement marqué à ce titre, et dans mes faits marquants de cette année, j’avais partagé avec vous dans cet article, mon ressenti sur le deuil et ce que cela nous apprenait sur la vie.

Je ne pense cependant pas avoir partagé ce qu’il en est exactement de vivre un deuil proche, et ce ressenti se résume simplement à cette phrase : « le plus dur c’est de vivre ». Je pourrai rajouter immédiatement, « le plus dur c’est de vivre après ». Depuis que Papa s’en est allé, je ne compte pas le nombre de fois où je me suis assise en ressentant une pression douloureuse dans mon cœur, et que j’ai pleuré. Je ne saurai expliquer en des termes précis cette douleur, mais je pense que tous ceux qui ont perdu un être cher la comprendront. On a cette sensation incroyable que notre cœur est en train de se rétrécir, que nous perdons notre souffle et qu’en même temps, on est en train de nous planter une lame fine qui entre et sort doucement au centre du cœur. Lorsque cette douleur arrive, le cri à la suite est quasiment imparable ou à défaut le cri dans notre tête.

Ce matin, j’ai senti cette douleur venir alors que j’aurais pu la prévenir. Dans un de ses albums, l’artiste Wyclef Jean nous parle du décès de son père. Il décrit parfaitement la douleur, la sensation de vide, la nécessité de devoir faire face en tant que l’aîné. Il raconte cet entretien fictif avec son père décédé qui lui indique la marche à suivre, garder sa mère, ses frères et sœurs, être fort, tenir bon. Dès les premières secondes de cette chanson, écoutée alors que je venais à peine de garer dans les locaux du bureau, j’ai su que je devais arrêter la musique. Oui, j’aurais pu arrêter car cette chanson je la connais parfaitement et elle m’a déjà fait pleurer. Cependant, je n’ai pas pu. Les mots me portaient, la douleur s’installait et c’est comme si j’avais besoin de la ressentir. J’avais besoin de la ressentir parce qu’il arrive de se demander pourquoi on est encore là, quand l’autre est parti. On veut qu’il revienne, on sait qu’il ne reviendra pas et on veut juste être avec lui. Au fil de la chanson, la douleur montait. J’ai retenu les larmes le temps d’être seule. Et là, au moment où j’écris, elles sont encore là, pas loin et la douleur elle est permanente.

Le plus dur c’est de vivre parce que c’est tellement plus facile de se laisser mourir. Qu’on ait perdu un parent, un enfant, un mari, une femme, un frère, une sœur, un ami, la rengaine est la même. Elle est plus douloureuse pour certains décès, plus inacceptable selon les liens qui nous unissaient au disparu mais elle nous habite.

Le plus dur c’est de vivre parce que c’est tellement plus facile de se laisser mourir.

Désormais, je sais sans aucun doute que cette part de douleur m’accompagnera toute la vie et je sais que ce n’est pas la dernière fois. Récemment, j’ai vu ma maman très malade et j’ai eu si peur. Si peur de ressentir ça de nouveau et aussi vite. Je puis vous l’assurer, se lever certains matins est une peine. On a envie de tout lâcher, de tout abandonner et on se rappelle de l’autre et de ce qui lui tenait à cœur. Mon père par exemple était fier de moi. En plus d’être fier, il m’aimait sans condition et voulait me voir heureuse. Je sais qu’il me guette, je lui parle parfois quand j’ai plus de force mais jamais trop longtemps. Comme dit Corneille, « ça fait trop mal ». Voilà un autre artiste qui a ouvert de la peine, avec les mots « Va, un jour, on se reverra ». Quel est ce jour ? Pourquoi encore si longtemps ? Ne pourrait-il pas être là à l’instant tout près de moi ? Il y a tellement de choses à faire, tellement de responsabilités et parfois je doute d’y arriver.

C’est de tout ça qu’il s’agit lorsqu’on perd un être cher et comme très souvent dans la vie, aucun livre ne nous l’apprendra. Même ce texte que je suis en train d’écrire, ne servira pas forcément à ceux qui n’ont encore perdu personne. Alors, en vérité ce n’est pas forcément à vous que je m’adresse. Je parle à tous ceux-là qui peinent dans la douleur. J’ai lu un livre récemment (Le Labyrinthe d’Osiris) où cette Maman avait mis une pause sur sa vie après avoir perdu son fils. Elle ne faisait plus rien, comme si elle l’appelait de tous ses vœux la mort, qui ne semblait jamais venir. Elle avait pourtant un mari (tout aussi dévasté) et deux enfants qui comptaient sur elle. Rien n’y faisait. Elle était comme emballée, envahie, ensorcelée par sa douleur et sa peine.

Il faut apprendre à vivre sans l’autre et chaque jour qui se termine est une victoire.

Il faut apprendre à vivre sans l’autre et chaque jour qui se termine est une victoire. Aujourd’hui comme tous les autres jours depuis le décès de Papa, je continuerai sans équivoque à vivre. Demain, comme de nombreuses fois, je lui dirai dans mon cœur que je l’aime. Après-demain, je ferai face une fois de plus à mes responsabilités d’ainée et à la charge qu’il m’a laissé. Dans une semaine, j’écouterai Maman se rappeler des temps anciens, et je lui dirai qu’elle n’y pense plus car nous sommes-là. Dans deux semaines, je regarderai une photo, j’écouterai une chanson, j’entendrai un son et je pleurerai peut-être encore. Cependant, ce n’est pas grave. C’est ma manière de lui rappeler qu’il m’était trop cher, mais jamais trop longtemps, « ça fait trop mal ».

Je veux vivre, avancer même si c’est dur, même si c’est pénible parfois. La vie est belle, radieuse et mérite d’être vécue. Quel triste hommage rendrais-je à cet homme et à tous mes autres très chers disparus (Mbombo Debs, Tonton Paul, Yannick, Bibi, Nadège, Magloire, Pa Pasto, Ornella, les deux Olivier et tous les autres que je ne citerais pas). Quel triste hommage oui que de célébrer la vie pendant que je l’ai encore.

Vivre n’est pas une sinécure mes amis, c’est un devoir, une passion, un horizon. J’aurai encore de nombreuses histoires à raconter et nous en avons tous. Mes pensées très fortes à tous ceux d’entre vous qui avez perdu un être que vous pleurez encore. Une pensée à ce jeune dont la mort fait mal Libellule 237. Puisse cet article mettre une pincée de sucre dans le cœur de tous ceux qui pleurent son départ. Le plus dur pour vous comme pour moi est de continuer à vivre. Vivons pour rendre grâce, vivons pour dire merci. Vivons pour rendre à nos chers disparus tous ceux qui nous ont donnés. La vie vaut la peine d’être vécue. Longue Nam Sinam !

Merci de m’avoir lu, merci de partager, merci de me faire un petit bisou fraternel, j’en ai bien besoin.

Love, Anna♥

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2 thoughts on “Le plus dur reste de vivre

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